Laurent Fachard : Oiseau de nuit

Il vient du théâtre. Il a travaillé avec Marcel Maréchal. Il a aussi collaboré avec Colette Magny. Il a fait l’acteur avant de passer à la lumière. Il a, à sa manière, inventé un métier, celui de concepteur lumière qu’il se plaît à nommer éclairagiste. Depuis plus de trente ans, Laurent Fachard, patron des Éclairagistes Associés, crée du sens avec la lumière. Depuis plus de trente ans, il transfigure les villes en peignant, par petites touches, les arêtes de toits, en constellant les places de points lumineux, en racontant des histoires éphémères. Laurent Fachard réinvente la ville à force de lumière. Qui mieux que lui pour ouvrir sur une série d’articles à propos des scénographies urbaines ? Personne.

Fête de la lumière 2006, Le Fil de soie - Photo © LEA

Fête de la lumière 2006, Le Fil de soie – Photo © LEA

Dans les pas de Joan Busquets

Lorsque, la nuit, après avoir traversé le pont Bonaparte en direction de Bellecour, on se retourne pour embrasser d’un coup œil panoramique la colline de Fourvière, notre œil est attiré par les arêtes d’une toiture dessinées au pinceau, comme suspendues dans le ciel. L’imposante bâtisse qui abrite le Lycée Saint-Just se métamorphose au crépuscule en château d’Harry Potter. L’éclairage est d’une rare élégance, le geste simple et délicat. Du Parc de Gerland aux Berges du Rhône, en passant par la Montée de la Grande Côte, Les Éclairagistes Associés, en (à peine) trente ans, ont très largement contribué à transfigurer la ville. Fachard, intarissable lorsqu’il s’agit de raconter son métier, intime que la période était propice. Conjonction temporelle, spatiale, l’éclairage urbain est lié à l’histoire des villes. Fachard vient du théâtre, il le rappelle, et dit avoir transféré son savoir-faire à la faveur des espaces et scénographies urbaines. Résumons : c’est l’influence de l’architecte urbaniste catalan Joan Busquets qui a imposé sa vision de rénovation de la ville dans les plus grandes métropoles du monde et s’est distingué, en 1992, comme chef de projet urbain de Barcelone pour les Jeux Olympiques. Sa ligne : toujours composer avec l’histoire de la ville, ne jamais s’éloigner du sens, travailler avec le centre historique et tenir compte du bien-être des usagers. C’est en s’arc-boutant sur ce modèle et cette ambition, importés par les jeunes équipes de Michel Noir alors maire de Lyon, que Les Éclairagistes Associés ont fait leurs premiers pas dans la conception de scénographies lumineuses. La rénovation/révolution urbaine n’aurait pu prendre corps en dehors des espaces européens. “La construction spatiale de la ville européenne, le contexte urbain, la petite rue du Moyen Âge (qui fait un mètre), le village (six mètres), le boulevard haussmannien (quarante mètres), les Champs-Élysées (cent mètres), c’est cela la spécificité urbaine européenne. Je me suis rendu compte que personne ne s’intéressait réellement et sérieusement aux questions des ambiances.” Faire de la ville un théâtre, métamorphoser les espaces avec de la lumière, rendre beau et penser à la qualité de l’espace public, créer de nouvelles atmosphères… Concordance des temps et des espaces, celui qui a fait ses classes dans les cours d’Henri Alekan s’associe au point de départ d’une rénovation urbaine de grande ampleur et Lyon, sa terre d’expérimentation, offre une bien jolie maquette.

 

La suite de cet article dans le N°212 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro