Le Bataclan 2.0. Réhabilitation pour un avenir commun

Nouvelle jauge, nouvelle scène, nouveau décor, mais l’essentiel demeure imperceptible. L’application stricte des préconisations acoustiques et les aménagements qui en découlent ont eu des répercussions immédiates sur les relations de bon voisinage. L’étude préliminaire de la structure primaire a confirmé l’existence de capacités de surcharges exploitables. De nouveaux points d’ancrage ont pu être installés après le renforcement de la structure existante. Les réseaux scéniques ont été entièrement réactualisés, sans oublier le nouveau système de diffusion sonore Meyer Sound Leopard. Cette offre pléthorique décuple les capacités d’accueil dans des proportions jusqu’alors inespérées.

Nouveaux ancrages (diffusion Meyer Sound Leopard) - Photo © Patrice Morel

Nouveaux ancrages (diffusion Meyer Sound Leopard) – Photo © Patrice Morel

En préambule

Cyrille Prunier, directeur technique du Bataclan en poste depuis le 1er septembre 2015, est confronté quotidiennement aux difficultés auxquelles s’étaient familiarisés ses prédécesseurs et confrères qui œuvrent depuis plusieurs années dans les salles historiques de musiques amplifiées de la capitale. On peut citer à titre d’exemple la Cigale, la Boule Noire, l’Élysée Montmartre, le Trianon, la Locomotive devenue Machine du Moulin Rouge, l’Alhambra, le Rex Club, … Certains équipements ont été rénovés, reconstruits ou ont bénéficié de réhabilitations partielles pendant que d’autres végètent dans leur plus simple appareil.

Les difficultés d »exploitation pointées par les professionnels du secteur présentent de nombreuses similitudes : peu ou pas de disponibilités de stockage, des espaces scéniques disproportionnés en regard des surfaces dédiées au public, l’absence de coulisses, le manque de points d’accroche, les CMU inconnues ou estimées, les entrées principales sans accès décor différenciés, l’absence d’aire de déchargement, le stationnement illusoire agrémenté d’un ventousage sur-administré, sans oublier les relations si particulières avec le voisinage (émergence de nuisances sonores, files d’attente, gestion des sorties aftershow).

Les exploitants du Bataclan, très au fait, avaient dressé dans les grandes lignes la liste des préconisations qui pouvaient être mises en œuvre à court et moyen termes. Le rapprochement entre la filiale Lagardère Unlimited Live Entertainment et la codirection (Olivier Poubelle et Jules Frutos) corroborait toutes les hypothèses. L’équipe commençait à se projeter. Les événements allaient s’imposer au calendrier. Cyrille Prunier a repris son poste dès le 22 janvier 2016.

Un point sur l’existant

Pupitre de mixage retour, Midas PRO02 - Photo © Patrice Morel

Pupitre de mixage retour, Midas PRO02 – Photo © Patrice Morel

On peut s’interroger sur ce qui peut freiner la prise de décision dans de tels projets. Détournées de leur destination initiale, ces anciennes constructions traînent un déficit structurel limitant la capacité de surcharge exigée par les dispositifs scéniques actuels. Les préconisations acoustiques et thermiques ne faisaient pas vraiment partie des préoccupations. Les produits, révolutionnaires pour leur époque, qui ont été appliqués afin de prolonger la résistance des structures métalliques en cas d’incendie, se sont transformés en véritables poisons. La présence de tels polluants lors de la déconstruction (plafond de salle, décors, parois, peintures, …) imposent un certain nombre de précautions préliminaires qui ont malheureusement une incidence sur le coût final et les délais de livraison. Ces bâtiments fragiles sont érigés sur des parcelles contraintes adossées à des mitoyennetés complexes. Les édifices voisins ont d’ordinaire besoin d’être consolidés avant déconstruction.

Cyrille Prunier tient à préciser qu’il s’est attaché à définir au sein du projet les postes suivants : points d’ancrage, levage et ponts, lumière, réseaux scéniques, réseaux électriques. Le design des régies son et les critères à retenir dans la détermination des outils du lot sonorisation ont été confiés au partenaire historique du Bataclan, le Studio 440. Cette société, créée par Éric Gabler et Audrey Schiavi, exploite la diffusion sonore du Bataclan accompagnée de leurs équipes.

Les difficultés d’exploitation, d’un point de vue scénique, se cristallisaient autour des points nommés ci-après :

– La scène ne disposait d’aucun dispositif de levage ou d’accroche exceptés les deux ponts de contre limités à 250 daN de charge utile ;

– La diffusion sonore, suspendue par l’intermédiaire de deux tours de levage, reposait à même la scène ;

– L’installation, dont la couverture sonore était loin d’être optimale, réduisait, par voie de conséquence, l’espace disponible en avant-scène, l’ouverture au niveau du cadre et la visibilité depuis les bergeries ;

– Les installations électriques (bâtiment, SSI, scénique) étaient confondues et raccordées sur un unique tarif jaune de 250 kVA ;

– Les réseaux informatiques avaient été empilés par couches générationnelles.

D’une manière générale, le niveau d’équipements proposé aux productions et/ou aux organisateurs s’éloignait de plus en plus des standards disponibles dans les autres salles de la capitale.

 

La suite de cet article dans le N°212 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro