Michel Fayet : Regard sur le métier

La scénographie n’est pas qu’une profession, c’est un métier basé sur une passion. Complexe et riche, alliant l’artistique et la technique, elle est en perpétuelle évolution. Michel Fayet est un homme de théâtre. Comédien à ses débuts, directeur technique, constructeur de décor et depuis trente ans scénographe avec la création de Changement à Vue, il propose une vision pointue sur le bouleversement de notre environnement.

Que peut-on dire sur l’évolution des lieux de spectacle vivant ?

MC93 Bobigny, coupe longitudinale - Document © Changement à Vue

MC93 Bobigny, coupe longitudinale – Document © Changement à Vue

Michel Fayet : C’est une évolution globale au regard du changement du monde et à différents niveaux. Le transfert du pouvoir décisionnel avec le report des financements de l’État vers les collectivités locales a eu un impact sur la répartition des subventions et des investissements, les missions et les concours. Le discours a changé, les interlocuteurs ne sont plus les mêmes. La présence du ministère de la Culture dans l’ensemble des projets n’est plus la même. La gestion des lieux dans leur programmation et leur adaptation est différente. Les méthodes de travail avec les architectes et les bureaux d’étude ont également subi un certain bouleversement comme dans le mode de pensée et l’intégration du domaine de la scénographie dans les projets… Budgets obligent. Tout ceci nécessite une évolution du métier.

Les demandes ont-elles changé ?

M. F. : Nous répondons, en ce qui nous concerne, toujours de la même manière depuis vingt-cinq ans. J’observe néanmoins que la réponse attendue par les architectes pour certains projets, selon la demande de la commande publique, est davantage liée à l’image plus qu’à la définition technique et donc au détriment de l’objet principal. Il arrive même que, dans les règlements de concours, la notice scénographique ne soit pas demandée, uniquement un chiffrage, sans être décomposée. Ce qui démontre un manque de réflexion sur le contenu. L’objet du concours de Clermont-Ferrand relevait logiquement de la réponse scénographique. Nous devions concevoir d’abord les salles qui définissaient l’épure du bâtiment. Les concours pour la construction de bâtiments neufs se font rares. Nous nous orientons vers des réhabilitations, des transformations de bâtiments historiques ou industriels comme mémoires de la vie sociale à des profits culturels ou vers la conception de bâtiments à double vocation sportive et culturelle comme les Arénas. Dans ces bâtiments d’une nouvelle génération, la scénographie a une part quelque peu différente mais non négligeable, voire intéressante notamment dans son dessein.

Nous tendons davantage vers des projets de réhabilitations.

M. F. : La réhabilitation est avant tout une réalité. Les ex-maisons de la Culture, les CDN, Théâtres et Opéras municipaux, ont subi de petites transformations dans le temps mais nombreux sont restés en état. Aujourd’hui, la technologie de la lumière, de l’audio et des réseaux est obsolète. La machinerie, même si elle est bien entretenue, pose des problèmes de gestion et de mise en sécurité en correspondance avec le Code du travail. L’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite est à prendre en compte, ce qui induit bien souvent de revoir les courbes de visibilité.

L’obligation de modifier les cintres contrebalancés au profit d’une motorisation semble venir des Pays-Bas où les cintres motorisés sont identiques tout comme les capacités de charges et le pas des porteuses. Toutes les salles sont construites sur ce principe. La constitution des équipes techniques dans leur connaissance doit évoluer dans ce sens. Auparavant, le cintrier connaissait parfaitement son matériel et son cintre contrebalancé mais, dans beaucoup de salles, le personnel chargé des cintres et des machineries n’est malheureusement pas à demeure. La demande, pour pallier à cette réalité, s’oriente alors vers une motorisation avec toutes les contraintes sécuritaires, techniques et financières qui en découlent. Les nouveautés d’information dans les réseaux, le son et l’éclairage avec l’arrivée de la LED constituent une révolution qui tend à repenser complètement les installations existantes. En dix ans, la spécificité de l’éclairage a totalement évolué. À Genève, nous avons commencé les études avec de l’éclairage traditionnel et, en cours d’étude, nous avons intégré la LED. Ceci a eu des incidences non négligeables sur la reprise d’étude. À la Maison de la Radio, le concept des éclairages à LEDs fut adapté très rapidement. Concernant la diffusion du son, les nouveaux systèmes d’intégration au cadre de scène tentent à supprimer les grappes (line array), afin de recouvrir enfin une pureté au cadre de scène. Les scénographes, décorateurs et architectes sont séduits par ce principe mais les ingénieurs du son qui ne verront pas leurs enceintes devront s’adapter. Il nous faut désormais expliquer ce besoin naturel d’une image pure de la scène aux créateurs et ingénieurs du son. Notre volonté serait de mettre ce système en base et d’offrir la possibilité de mettre en place ponctuellement les enceintes.

 

La suite de cet article dans le N°212 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro