À table avec Dominique Lerminier

Ses façades en briques rouges flamboient au crépuscule. La Manufacture des Œillets d’Ivry a été construite en 1913 par la United Shoe Machinery de France sur le modèle américain de la Daylight Factory par l’architecte Paul See. C’est dans cette grande halle à charpente métallique qu’en 1995, Patrice Chéreau présente la mise en scène épurée et percutante du texte Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, accompagné de l’un de ses grands interprètes Pascal Greggory. L’année suivante, en 1996, le bâtiment est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Le centre dramatique, lui, a pour fondation le souffle d’Antoine Vitez et son “théâtre élitaire pour tous”.

Vue générale de la cafétéria - Photo x

Vue générale de la cafétéria – Photo x

Manger bon sur le pouce

Tout le problème, lorsqu’il est question de rénovation dans un bâtiment classé Monument Historique, est d’intégrer des espaces qui nécessitent des transformations importantes.” Le choix d’une restauration légère s’est imposé face à la difficulté de concevoir une cuisine dans le hall de la Manufacture. La législation, en la matière, est très contraignante nous apprend Dominique Lerminier. Alors, faute de pouvoir aménager un vrai restaurant, le Théâtre des Quartiers d’Ivry a joué la restauration rapide tout en pariant sur l’élégance et le charme du lieu. Mais qui dit restauration rapide ne dit pas nécessairement mauvaise qualité. Au contraire même, parfois, il vaut mieux un bon sandwich qu’un plat du jour mal préparé. En confiant les clés à Silvio Marino, qui avait fait ses armes en s’occupant du bar du Studio Casanova, pour exploiter le bar et la restauration légère, l’équipe actuelle a donc fait le choix d’une internalisation. Le bar de dix mètres de long trône dans les espaces majestueux de cette grande verrière parée d’armatures métalliques. Il faut bien admettre que le lieu en impose. Les propositions sont simples. Une soupe fraîche, chaque jour, préparée par Silvio. Les sandwichs et tartes sont entièrement fait maison. Pour l’heure, les variantes de la carte sont mises au point avec la secrétaire générale et les quantités ajustées en fonction des spectacles. L’idée, à terme, serait d’ouvrir cette restauration légère en dehors des horaires de représentation.

À petits prix

Dans l’esprit de ce théâtre de qualité pour tous, les prix affichés sur la carte sont loin d’être dissuasifs. Pour moins d’une petite dizaine d’euros, on mange et on boit bien et bon. En témoigne un bar dévalisé le soir de notre visite. Silvio nous dit qu’il a compté trop juste en servant la dernière part de tarte. Lerminier nous apprend que, grâce à cette formule, ils parviennent à équilibrer en attendant de pouvoir développer l’activité. “Cela a nécessité quelques investissements pour fonctionner : achat de frigo, lave-verres, … La Halle, c’est la partie que nous avons le moins modifiée. Elle est restée dans son jus. C’est un lieu très accueillant et nous pratiquons des petits prix.” Le public semble ravi et le bar ne désemplit pas tout au long de notre passage. Dans ce même espace, presque intimidant de beauté, se loge une librairie. Nul doute que l’endroit est voué à se développer.

 

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