Flexible Silence de Saburo Teshigawara. Chaillot fait entrer la WFS dans la danse !

C’est plutôt curieux et drôle de vous parler de cet événement dans l’avancée de la sonorisation dans le monde de la danse en s’appuyant sur un spectacle qui porte le nom de Flexible Silence ! C’est une ironie qui ne déplaît pas finalement, comme une forme dialectique qui permet de mieux comprendre toutes les facettes de ces deux projets se rencontrant dans ce lieu mythique qu’est le Théâtre de Chaillot.

Théâtre de toutes les innovations depuis des décennies, il voit cet esprit d’aventure dans le vivant du spectacle se perpétuer d’abord dans cette chorégraphie magnifique, créée par Saburo Teshigawara pour ce lieu, et aussi dans la belle réussite du projet de Marc Piera (nouveau responsable du département son) qui consistait, entre autres, dans l’installation du premier système de diffusion en holophonie WFS dans un lieu de danse français.

Vue de la SSL en régie - Photo © François Vatin

Vue de la SSL en régie – Photo © François Vatin

Cette technologie, développée depuis longtemps à l’IRCAM dans sa forme complexe (plus de 300 enceintes pilotées individuellement) et déjà installée notamment à l’IMA et Radio France dans une forme simplifiée conçue avec succès par Sonic Emotion, propose pour l’auditeur/spectateur une immersion dans le son (et c’est fondamental) en faisant disparaître les sources sonores de la façade stéréo, à gauche et à droite du cadre, surtout pour le public qui se trouve sur les côtés et devait subir un déformation de l’image sonore. D’autant plus avec les line array dont la précision entraîne une localisation de la source extrême. Avec la WFS, quelle que soit votre position dans la salle, l’image sonore est pratiquement la même pour tout le monde et correspond totalement à ce qui se passe sur scène.

Ce projet, conçu en collaboration avec le Théâtre National de Chaillot —pour lequel Denis Desanglois (directeur technique) se dit très enthousiaste à propos de la WFS—, Amadeus, SSL et Euphonia avec Sonic Emotion, montrent avant tout que l’art est une aventure humaine avant toutes contingences financières et matérielles.

Flexible Silence, beauté musicale

Le silence après Mozart, c’est encore du Mozart”, disait Sacha Guitry. Flexible Silence c’est aussi cela : la recherche du silence ensemble, qui dépend du son qui le précède, flexible dans sa temporalité, sa nature. Il ne s’agit donc pas d’une chorégraphie silencieuse, même si les danseurs évoluent dans un silence total bien qu’ils courent, virevoltent ou rampent sur le dos. Les cheveux raides des danseuses fouettent l’air, les corps se cherchent, s’imitent parfois, dans une ambiance très noire, baroque, voire étrange, surtout sur la première pièce avec un ensemble de six ondes Martenot qui donnent une impression fantomatique, renforcée par les costumes noirs et flottants des danseurs (le noir est-il le silence de la lumière ?). On y verra plus un ballet magique entre des esprits de la nature, thème cher à Saburo.

Le silence existe dans cette chose structurée qu’est la musique, derrière, à l’intérieur, comme une présence géante que nous ne pouvons saisir.” Ainsi Saburo convoque-t-il deux grands compositeurs qui lui inspirent le respect et sa danse elle-même : “Cette recherche entre Takemitsu et Messiaen a métamorphosé ma danse. J’ai décelé dans ces partitions des éléments qui semblent venir de la nature. Mon mouvement ne sera pas segmenté, davantage proche d’un fleuve avec une puissance tranquille qui semble ne jamais devoir s’arrêter…”.

La musique serait comme une pierre jetée dans un lac : on entend le son, puis les ondes se propagent silencieusement à travers les corps, rencontrent des obstacles qui recréent d’autres ondes, des interférences.

 

La suite de cet article dans le N°212 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro