La couleur comme principe plastique. L’Autrichienne Fanni Futterknecht

L’objet, sa forme, l’espace et les lumières s’inspirent mutuellement quand Fanni Futterknecht met en scène ses performances ou installations. La plasticienne viennoise conçoit également des scénographies pour d’autres artistes. Au fil de son parcours artistique, la couleur en est devenue le principe actif. Futterknecht vient de créer en France I wish I could speak in Technicolor avec le chorégraphe Simon Tanguy et va présenter, en mars 2017 à la Ménagerie de Verre à Paris, dans le cadre du festival Etrange cargo, son propre spectacle Across the white. “Traverser le blanc”, voilà qui veut dire “éviter les ombres” !

Comment abordez-vous l’espace scénique ?

Répétition - Photo © Timtom

Répétition – Photo © Timtom

Fanni Futterknecht : Mes installations se construisent en prenant appui sur les formes, les couleurs. Ensuite, un travail peut se décliner en vidéo ou en performance et les deux médias peuvent se combiner en une performance filmique ou un film performatif. Je travaille toujours avec des personnages qui parlent à partir d’endroits différents, dans le sens du point de vue et de la perspective. Mon travail est fortement lié à la peinture et se construit comme un ensemble pictural. La façon de faire apparaître les éléments scéniques dans l’espace retrace la façon dont un peintre construit son tableau.

Vous avez commencé par la photographie d’art en noir et blanc pour passer à la vidéo puis à la performance et à l’installation. En même temps, les couleurs se sont imposées et intensifiées.

F. F. : Il est vrai que le chromatisme s’est affirmé dans mon travail avec mon virage en faveur des arts vivants. La couleur m’a aidée à préciser mes recherches sur l’artificiel et l’aliénation avec l’autre et soi-même, sur la relation sujet-objet et sur l’imbrication progressive des deux, autre thème récurrent. Dans Across the white, l’espace blanc peut être vu comme un reflet de l’âme, comme un état émotionnel et comme le cube blanc d’un espace d’exposition. C’est aussi une surface de projection.

Dans I wish I could speak in Technicolor, l’espace scénique est confiné par des murs et un sol brillants, argentés.

F. F. : C’est une sorte de dancefloor. Plus j’avançais dans le processus de création, plus je l’ai considéré comme un objet à part entière, qui s’intègre dans cette installation scénique au lieu d’être un simple arrière-plan.

Quand un objet plastique se trouve dans un espace scénique blanc ou argenté, sa couleur confère à ses contours une dimension presque surréale, à laquelle les lumières peuvent contribuer fortement. Dans leur multiplicité, les objets structurent l’espace et lui confèrent une présence active.

F. F. : Dans I wish I could speak in Technicolor et autres créations, j’ai voulu concevoir la scénographie dans l’idée du dessin. D’où ma démarche de créer, par la couleur et la forme, un contraste maximal avec les arrière-plans du fond et du sol. Les costumes des deux interprètes, à savoir le pantalon vert et le haut rouge, soulignent les contours. Aussi, les deux personnages font penser à des dessins animés dansants, comme des aplats de couleur qui bougent dans un espace donné.

Si vous décrivez ainsi votre démarche, on pense immédiatement à Robert Wilson qui travaille selon les mêmes principes, dans un registre plus angulaire, plus dur et sur la base d’une perfection absolue. Au moindre dérèglement, l’image ne fonctionne plus.

F. F. : Wilson travaille sur la perfection et cela induit une certaine froideur, alors que je privilégie un côté “fait main” avec toutes ses imperfections, même si je cherche ensuite à camoufler le côté artisanal. D’une part je travaille sur des formes pures et clairement définies, mais d’autre part les tissus amènent d’emblée une douceur, une intimité, et l’idée d’un échange entre la matière et nous. Si je travaillais avec du métal, le ressenti serait très différent. Dans I wish I could speak in Technicolor, les matériaux des objets ont un aspect velours. Ils sont absorbants, doux et souples. C’est tout le contraire de ma pièce This is not a romantic project où les costumes sont en vinyle donc brillants et réfléchissants mais artificiels.

 

La suite de cet article dans le N°211 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro