Le Street art en Flow(lie)

Lille. Quartier de Moulins. À l’angle des rues d’Arras, de Fontenoy et Dupetit Thouars, Le Flow se pavane. Élégant. Tout en transparence. Cela s’appelait CECU (Centre eurorégional des cultures urbaines), émule des Maisons Folies créées au moment de Lille 2004, Capitale européenne de la culture. Dans l’esprit des élus, l’élection de Lille au rang de capitale européenne devait servir un projet pérenne susceptible de mobiliser la région. L’idée de nourrir les vides culturels des quartiers populaires s’est mariée à merveille à l’existence d’un riche patrimoine de friches industrielles. C’est ainsi qu’entre Villeneuve-d’Ascq et Arras sont nées douze maisons folies, préfigurations de l’actuel Flow.

Maisons Folies, premier souffle

Façade digitalisée de nuit - Photo © Patrice Morel

Façade digitalisée de nuit – Photo © Patrice Morel

Olivier Sergent, actuel directeur du Flow, dirigeait la Maison Folie de Wazemmes. Tout autant pépinières artistiques que repaires socioculturels, les Maisons Folies offrent un terrain d’expérimentation tout à fait exceptionnel aux adeptes du Street art. Ancêtres du Flow, solidement arrimées à un généreux projet de société, les Maisons Folies —dont le concept a été établi par Didier Fusillier— sont, à notre connaissance, les seules expériences d’intégration des cultures urbaines à l’échelle d’une collectivité. Aménagées dans des lieux de patrimoine, elles incarnent l’esprit des quartiers au croisement d’un projet culturel, artistique et urbain. Bien sûr, comme le rappelle Olivier Sergent, “quelques CCN (Centres chorégraphiques nationaux), comme ceux de la Rochelle ou de Créteil, sont dirigés par des chorégraphes venus du hip hop, mais il n’existait pas en France et en Europe de lieux de cette ampleur dédiés aux cultures urbaines”. Parmi le bouquet composite des sept Maisons Folies de la Métropole lilloise (elles sont éclatées dans toute l’eurorégion), l’une d’entre elles est enfant de la réhabilitation d’une ancienne brasserie-malterie dont les premiers bâtiments ont été construits au début du XVIIIe siècle. Leur style s’inspire à la fois des bâtiments industriels et de l’architecture flamande. C’est à partir de cet ensemble industriel (dont la forme définitive existe depuis les années 20’), nommé “Brasserie des trois moulins”, qu’a été construite la Maison Folie de Moulins qui fait aujourd’hui partie intégrante du Flow. La mise au norme du bâtiment s’est opérée dans le respect de l’architecture existante, les intérieurs ont été laissés le plus brut possible et on a aménagé les extérieurs. Le traitement de l’architecture s’est plié au caractère industriel du lieu et l’a ancré dans une dimension contemporaine, les circulations extérieures ont exploité les escaliers et galeries en caillebotis d’acier galvanisé. On a ajouté aux briques du béton et du verre selon un principe de sédimentation. “C’est à partir de cet abri où souffle l’esprit new-yorkais qui active nos représentations inspirées des

Atelier graft - Photo © Patrice Morel

Atelier graff – Photo © Patrice Morel

scènes de cinéma américain que le Flow a été conçu”, précise Frédéric Neau de l’agence d’architecture King Kong. “Les bâtiments étaient vétustes, l’emplacement se trouve sur une pointe avec une petite placette. L’idée était de reconstruire un îlot urbain en liaison avec la Maison Folie, cette ancienne brasserie en brique rouge avec ses escaliers en métal. Cela nous évoquait les cours de New York et donc naturellement cela nous a semblé intéressant eu égard à la discipline hip hop et au Street art de se situer dans ces zones d’inspiration. Pour reconstruire le tout, cela a été un métier d’urbaniste et c’est pour cette raison que la salle de spectacle est un peu austère. Nous avons placé la boîte noire au centre et on a construit un ensemble autour.”

 

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