“Hangar de luxe” du Théâtre La Licorne

Autrefois installée à Lille, c’est désormais à Dunkerque que la compagnie La Licorne conçoit ses masques, personnages, machines et spectacles. La structure dispose, depuis octobre 2015, d’un garage converti en lieu de travail et de compagnonnage dédié au “théâtre d’objets”. Une réhabilitation sobre et soignée signée par les architectes Anne Fauvarque et Jean Dupond.

Vue de la halle de travail - Photo © François Delotte

Vue de la halle de travail – Photo © François Delotte

Il y a encore quelques mois, on y réparait des voitures. La compagnie La Licorne est installée dans un ancien garage du quartier populaire de la Basse-Ville, à Dunkerque, depuis octobre 2015. Si des mécaniciens s’affairent toujours dans l’atelier, ils ne réparent pas des pneus et des pots d’échappement mais conçoivent plutôt des masques et de fabuleuses machines animées : vache articulée, cheval de métal où encore pieuvre d’acier.

Des éléments qui peuplent —ou qui peupleront bientôt— l’univers de La Licorne. Voilà plus de trente ans que cette dernière œuvre dans le champ du théâtre d’objets et de la marionnette contemporaine. La structure, dirigée par la metteure en scène Claire Dancoisne, possède désormais son lieu de “compagnonnage”, lieu de création et de résidence. Le bâtiment a été conçu en 1930 pour accueillir des camions, avant de devenir une concession Opel/Chevrolet. Il a été réhabilité il y a un an et demi par les architectes lillois Jean Dupond et Anne Fauvarque. Une conversion réussie, toute de fer et de bois, qui a métamorphosé l’aridité de l’édifice d’origine en un équipement culturel aussi fonctionnel que chaleureux.

Le chantier fut permis grâce au soutien de la Communauté urbaine de Dunkerque (maître d’ouvrage et propriétaire du bâtiment), le Conseil départemental du Nord, le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et le ministère de la Culture. Ces entités —auxquelles s’ajoute le Conseil départemental du Pas-de-Calais— sont d’ailleurs logiquement aujourd’hui les principaux financeurs du budget de fonctionnement du lieu. Budget qui atteint environ un million d’euros par an. “Nous avons prouvé la nécessité de faire exister cet équipement. Nous sommes reconnus au niveau national. Mais il faut que nos partenaires puissent s’investir encore davantage dans le projet à l’avenir”, implore Claire Dancoisne, la directrice artistique de la compagnie.

Un théâtre d’objets

Halle de stockage de la compagnie - Photo © François Delotte

Halle de stockage de la compagnie – Photo © François Delotte

Cette reconnaissance institutionnelle et politique vient couronner le travail acharné de La Licorne au service de formes qui, en France, ne rentrent dans aucune case bien définie. “La Licorne, c’est avant tout du théâtre où l’objet fait partie intégrante de la dramaturgie et de l’écriture scénique. Pour nous, l’objet a autant sa place dans la conception d’une pièce qu’une phrase ou un texte”, précise Claire Dancoisne. “Nous ne nous situons pas du tout dans le même type de narration que dans le théâtre traditionnel. L’objet apporte un décalage et une poésie venant du fait qu’il n’est pas un élément naturaliste”, poursuit-elle.

La Licorne a été créée en 1986, à Lille, par Claire Dancoisne. Sculptrice formée aux beaux-arts, cette dernière développe la compagnie après avoir entamé une carrière d’infirmière psychiatrique. Elle se forme parallèlement à l’art théâtral au travers de plusieurs stages, notamment effectués auprès d’Ariane Mnouchkine. Elle découvre le masque et met à profit sa pratique du théâtre et de plasticienne pour réaliser des objets. “Dans les années 90’, nous avons été précurseurs, avec quelques autres, car il n’existait quasiment pas de spectacles de marionnettes s’adressant aux adultes”, se souvient Claire Dancoisne. “Nous avons milité aux côtés du Channel de Calais ou du Théâtre de la marionnette de Paris pour que soient reconnues ces formes”, assure-t-elle.

La compagnie pratique plutôt son art en salle qu’à l’extérieur, alors que se développent les arts de la rue. Elle défend un jeu complice et interactif entre les acteurs, toujours visibles sur scène, et les objets. “L’objet doit s’adapter au jeu du comédien. Il doit être envisagé comme son partenaire”, précise la metteure en scène. “D’ailleurs, je ne travaille pas avec des marionnettistes mais avec des comédiens de théâtre”, prend-elle soin de souligner.

Avant de poser ses valises au garage, La Licorne résidait dans un théâtre de Lille. Un lieu qu’elle doit finalement quitter sur ordre du propriétaire. La CUD (Communauté urbaine de Dunkerque) lui a alors proposé de s’installer sur son territoire, après que la Ville ait bénéficié du statut de “capitale régionale de la culture” en 2013. “Dans ce cadre, des opérations artistiques ont été financées. Le but était aussi qu’il reste quelque chose de pérenne de cette expérience. C’est en partie pour cela que la CUD nous a contactés”, indique Claire Dancoisne.

Notre idée était de pouvoir partager dans un lieu des pratiques et des conceptions artistiques avec des personnes que nous rencontrions en itinérance et qui avait la même passion que nous”, affirme la directrice artistique. “Nous voulions pouvoir accueillir des artistes émergents et d’autres plus connus. Des gens de tous âges afin de favoriser un brassage. La marionnette s’est progressivement emparée d’autres formes de création artistique. Elle intervient dans le cirque, la danse et se mêle à la création vidéo. Les champs se croisent et il fallait que le lieu puisse tenir compte de ce paramètre essentiel”, explique Claire Dancoisne.

Cette dernière précise néanmoins qu’elle ne voulait pas que le lieu “soit un endroit où l’on se retrouve uniquement entre artistes. Je voulais qu’il soit ouvert sur la Ville et le quartier”. Une volonté qui prend corps avec les restitutions publiques ou sorties de résidence organisées au théâtre, mais surtout via les expositions d’objets et travaux de plasticiens. Quatre ont eu lieu depuis l’ouverture de l’outil de création de La Licorne. Elles ont attiré 16 000 spectateurs selon Claire Dancoisne.

Après avoir proposé plusieurs lieux à la compagnie, la CUD fait visiter à la metteure en scène un garage dont l’activité doit déménager en périphérie. “J’avais vu des bâtiments industriels avec du cachet. Ici c’était moche mais c’était surtout très pratique. Il y avait un accès pour les camions et un espace de stockage”, lance Claire Dancoisne avec franchise.

 

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