Gala Ognibene : L’humour dans la scénographie

A15-01 7627Tout prédestinait Gala Ognibene au monde de la scène : des parents musiciens et une sœur costumière, elle-même faisant du clavecin depuis son enfance. Pourtant elle préféra passer le concours de l’École nationale d’art et design de Saint-Étienne, option art et spécialité photographie (la photo argentique retravaillée en laboratoire, développement, recadrage, …) et puis : “Dans la photo on est seul dans son laboratoire et j’aimais le texte, la littérature, le théâtre”. Naturellement, elle se dirige vers la scénographie et passe le concours de l’ENSATT. “Le cadre de la photo m’a amenée à la scénographie. J’ai fait un stage avec Matthias Langhoff qui a été essentiel.” Les rencontres et ateliers avec les différents metteurs en scène invités par l’ENSATT ont été déterminants. À la fin de ses études en 2014, certains la rappelleront. D’abord, sa production de sortie d’école, La dispute de Marivaux, mise en scène par Richard Brunel, part en tournée avec la Comédie itinérante. Elle poursuit cette collaboration pour Dîner en ville à la Comédie de Valence en 2015. Elle participe aux créations circaciennes de Mathurin Bolze. Céline Pauthe la sollicite pour la pièce La Fonction Ravel au CDN de Besançon en 2016, co-mise en scène, écrite et jouée par Claude Duparfait avec le pianiste François Dumont. La musique et la problématique de l’acoustique étaient au centre de la réflexion spatiale. Le texte, empreint de rêve et d’imaginaire, imprimait un lieu mystérieux. La collaboration avec Claude Duparfait se poursuit pour Le froid augmente avec la clarté de Thomas Bernard qui sera présentée au TN de la Colline en juin 2017. En phase de construction, Gala prend du plaisir à dialoguer avec les constructeurs de l’atelier de décor qu’elle trouve essentiel. Elle aime rappeler les leçons qu’elle a retenues de son enseignant de construction de décor à l’ENSATT, Claude Chaussignand.

Sa première vraie scénographie, Woyzeck, mise en scène par Ismaël Tifouche Nieto, est présentée au Théâtre de la Tempête en 2015. Elle travaille actuellement sur la scénographie d’une pièce qui sera présentée dans les musées (région de Poitiers, Vitrail) par la compagnie Studio monstre. My arm de Tim Crouch, écrit avec beaucoup d’humour, est l’histoire d’un petit garçon qui décide un jour de lever le bras et de ne plus jamais le baisser. Il devient ainsi une œuvre d’art dans une référence à la performance.

Cellules, Cie des grands mâtins, 2014 - Photo © Théâtre de l'Opprimé

Cellules, Cie des grands mâtins, 2014 – Photo © Théâtre de l’Opprimé

Son mémoire, sous la direction d’Alexandre de Dardel, s’intitulait L’humour dans la scénographie. “Le rire est fondamental au théâtre, l’humour est vital. Et dans le décor, il se présente sous la forme de la surprise ou de la magie, d’un joyeux chaos, un glissement de terrain, un grain de sable dans la machine ou encore le prestige d’un tour de magie… J’essaye de glisser cette notion dans mes scénographies avec par exemple le décalage et le dérapage.” Elle a aussi fait une formation de pyrotechnie avec Franck Pelletier pour développer dans ses scénographies cet effet spectaculaire, un spectaculaire qui ramène à l’humour et à un émerveillement d’enfant.

Pendant ses études, elle monte, avec entre autres les anciens élèves de l’ENSATT, la Compagnie des grands mâtins qui a déjà présenté trois spectacles depuis 2012. “Nous avons travaillé sur le milieu carcéral avec d’anciens détenus et des matons. Nous avons fait des ateliers dans les prisons avec l’association Wake up café.” Après avoir abordé le monde du travail très particulier dans les prisons, la compagnie crée cette année, au Théâtre de l’Opprimé, une pièce sur le monde du travail intitulée Marx est mort.

Une rapide plongée dans le monde du travail avec les commandes du théâtre public, Gala Ognibene s’organise. Originaire d’Ardèche, après ses études à Lyon, elle habite aujourd’hui à Paris. Elle aime s’investir dans des créations encore à petite échelle comme dans des scénographies importantes. “Les deux sont complémentaires.” Elle continue, sur certains projets, sa collaboration en binôme avec Guillemine Burin des Roziers qui avait déjà commencée à l’ENSATT. “Nous nous aidons même physiquement, mais surtout nous nous complétons. Nous perdons moins de temps à nous entêter sur des idées qui ne sont pas bonnes. Lorsqu’on débute, ce binôme nous permet aussi de répondre à des commandes plus importantes.” De rencontre en rencontre, Gala Ognibene poursuit ses expériences et ses créations très diverses dans le spectacle vivant et s’affirme comme une jeune scénographe sur la lancée.