Déshabillez-moi ! Du baroque au rock

La première fois, c’était le 2 juillet 2006. Nous découvrions l’exposition Bêtes de scène et la caserne du Quartier Villars rénovée par Jean-Michel Wilmotte. Les costumes de l’Opéra national de Paris, de la Bibliothèque nationale de France et de la Comédie-Française venaient de trouver refuge à Moulins. Dix ans déjà que les vitrines du CNCS voient défiler, par thématique, les costumes de diva(s) et autre(s) interprète(s) de génie. Dix ans, il fallait bien fêter cela. L’idée d’une exposition consacrée aux costumes du rock et de la chanson trottait dans la tête de Delphine Pinasa, directrice et commissaire d’exposition. Belle transition pour cette première décade avec Déshabillez-moi !

Un personnage transcendé

CNCS, salle 5 - Photo © Jean-Marc Teissonnier/Ville de Moulins

CNCS, salle 5 – Photo © Jean-Marc Teissonnier/Ville de Moulins

De Mistinguett à Matthieu Chedid dit -M-, un siècle de rock’n’roll et de chansons affichent leurs styles et leurs exubérances. Avec la complicité de Stéphane Malfettes et Bernard Connan, Delphine Pinasa a choisi d’honorer les dix ans du CNCS en passant du baroque au rock. L’année 2016 avait débuté avec l’exposition Barockissimo ! Les Arts Florissants en scène, où se déployait l’univers baroque de William Christie. Elle s’est close avec un éventail de pièces allant des robes en strass de Mistinguett aux blousons de cuir noirs de Johnny Halliday, de Renaud ou de Bashung. “C’est un projet que je voulais monter depuis longtemps. J’aime changer de sujet, même radicalement. Au CNCS, nous présentons deux expositions par an. Cela nous laisse le choix de montrer des costumes très différents, d’alterner. Cela permet également de travailler sur d’autres publics, de faire découvrir ce musée à des personnes qui, peut-être, ne seraient jamais venues. Les costumes du rock et de la pop permettent ça. Tout comme l’exposition cirque. Grâce à cette exposition, nous avons pu identifier que 30 % des visiteurs n’étaient jamais venus au musée. C’est énorme. Et c’est vraiment lié à la thématique. Les gens ne connaissent pas nécessairement le contemporain. Ils ne connaissent pas non plus forcément le baroque mais les costumes baroques sont riches de beaucoup d’ornements, cela les rend simples à appréhender.” La promenade ponctuée de la belle poignée de vitrines plonge le visiteur dans un abîme d’imaginaire collectif. Et l’habit prend ici un sens tout particulier parce qu’il fait respirer l’humain. On se souvient tous de la robe noire d’Édith Piaf, du blouson de cuir noir de Renaud et de son bandana rouge, des strass et paillettes des costumes de Claude François, de la fantaisie ultime de Matthieu Chedid à qui une salle entière est consacrée en fin de parcours. On s’en souvient car on se souvient de l’humain transcendé dans un personnage. On s’en souvient parce que ces silhouettes sont restées gravées dans nos mémoires. On s’en souvient parce que de vulgaires vêtements sont devenus habits. Un vêtement peut exister sans être porté. Un habit, non. L’habit est à quelqu’un, le vêtement ne peut être à personne. Le costume est l’habit d’un personnage. Il est intrinsèquement lié au récit. Voilà pourquoi on aime et on identifie ces icônes du rock et de la pop. Leur seule silhouette réussit à provoquer l’embrasement d’une salle. Tout comme on s’attache à des personnages de cinéma. Ils sont tout aussi réels qu’irréels, à la fois héroïques et irrésistiblement humains.

 

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