Snarkographie

Pièce pour 8 danseurs - Rules of the Game - Photo © Christian Ganet

Pièce pour 8 danseurs – Rules of the Game – Photo © Christian Ganet

Chez Daniel Arsham, les matières et les formes sont toujours en devenir. Après avoir travaillé avec Bob Wilson et Merce Cunningham, il a scellé une alliance scénographique avec le chorégraphe Jonah Bokaer, nouvelle star de la danse américaine. Leur dernière création commune, Rules Of The Game, vient d’être présentée à la Biennale de la Danse de Lyon. Portrait d’un artiste multiple.

Plasticien, artiste visuel, scénographe, performer, quasi-architecte, … Pas sûr de l’ordre dans lequel il faut présenter les champs d’activités de Daniel Arsham. Le New-yorkais, né en 1980, est devenu la coqueluche de la scène arty mondiale. Serait-ce justement parce que ce trentenaire garde une apparence sobre, naturelle et donc pure que le monde du showbiz l’aime bien ? Pour sa dernière collaboration pour la scène, il a même réussi à embarquer la pop star Pharrell Williams qui a composé toute la musique de Rules Of The Game, du chorégraphe Jonah Bokaer.

Arsham fut le dernier scénographe de Merce Cunningham, et donc le successeur de vedettes comme Robert Rauschenberg. Les tous derniers spectacles de la Merce Cunningham Dance Company ont été donnés dans des scénographies de ce jeune méta-plasticien. Les œuvres plastiques d’Arsham, mais aussi son travail en arts visuels, se baladent d’Art Basel au Contemporary Arts Center Cincinnati, de la Biennale d’Athènes au Carré d’Art de Nîmes et dans les Galeries Perrotin qui sont son port d’attache à Paris, New York, Miami et Séoul. Avec l’architecte Alex Mustonen, il crée le concept de “Snarkitecture”, un terme inspiré de Lewis Carroll avec La Chasse au Snark. Les deux travaillent à New York, dans un studio situé dans le quartier de Greenpoint, à Brooklyn. Leur architecture de l’improbable est basée sur des effets d’instabilité et recherches sur les matériaux. Ce qui est vrai aussi pour les œuvres d’Arsham plasticien. On a souvent l’impression qu’il a réussi à figer ou à dématérialiser des objets et des corps, en plein mouvement d’apparition ou de disparition. Son credo : “L’architecture est malléable, les choses du quotidien sont malléables et portent en elles un potentiel créateur”. Un mur peut prendre la forme d’un drap cachant une chaise ou une silhouette humaine, au sol ou, comme dans Sheet, en l’air. L’homme semble voler et étouffer en même temps. “Un garçon qui est entré dans la pièce a immédiatement commencé à pleurer. Il se projetait dans la sculpture”, se souvient Arsham. Ou bien Seated Figure : un homme assis, composé de granules de résine, en train de se dématérialiser, ou inversement. Il appelle cela “prendre des choses du quotidien et jouer avec nos attentes”. Les sculptures d’Arsham contiennent, intrinsèquement, l’imaginaire d’une suite cinétique. Celle-ci peut habiter une masse blanche qui déborde d’un cadre, comme si elle coulait vers le bas, tout en présentant une morphologie très structurée, ou bien des formes en train de sortir d’un mur ou d’y entrer. Aussi, une scénographie d’Arsham peut tout à fait être une sculpture, comme dans Curtain ou Other Myths, pièces qui ont été présentées au Festival d’Avignon et à Paris, respectivement au Théâtre de la Cité internationale et au Mona Bismarck American Center. La pièce se construit alors autour d’une figure intrigante, silhouette plate, à la Giacometti, faite de sable et de plâtre, dans un état entre présence et incertitude. Chez Arsham, toute scénographie commence par les arts plastiques et peut passer par l’architecture ou la chimie !

 

La suite de cet article dans le N°210 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro