Live Stream, Nuit blanche 2016. Un défi pour la Manufacture sonore

Vous connaissez le pont des Arts à Paris, cette passerelle initiée au début du XIXe, située entre l’Institut de France et le Louvre, avec une vue privilégiée sur l’Île Saint-Louis ? C’est un endroit exceptionnel, toujours émouvant à traverser. Il n’y a pas de circulation, ce qui permet d’apprécier d’autant plus la beauté de la Ville lumière. Mais pas de lumière pour la Nuit blanche 2016 !

Live Stream de Oliver Beer - Photo © ADAGP, Paris 2016 - © J.-B. Gurliat

Live Stream de Oliver Beer – Photo © ADAGP, Paris 2016 – © J.-B. Gurliat

Le pont plongé dans le noir nous emmène dans un monde féerique, envahi dès le coucher du soleil par les sons du fleuve, des murmures mystérieux où l’on croit deviner parfois des voix de sirènes par centaines derrière le grondement harmonique du ventre de la Seine. Parfois surgissent des monstres, des dragons liquides, à chaque passage de bateaux-mouches chargés de touristes, ou de sombres péniches charriant leurs marchandises. Parfois, entre les lames du plancher du pont, comme une passerelle vers un autre monde, on entrevoit le courant vert, lumineux. Car Oliver Beer, concepteur de cette œuvre, a en plus créé un éclairage dans le fleuve, au niveau de chaque pile, évoquant la technique utilisée par les pêcheurs thaïlandais pour attirer les poissons, rêvant aussi de capter leurs sons !

Cette installation, Live Stream, fait partie des nombreuses étapes ludiques de cette version 2016 qui nous emmène dans un songe, une quête amoureuse issue de Le Songe de Poliphile, un roman italien du XVe siècle, où Poliphile cherche son amoureuse Polia.

Ce qui est intéressant, c’est la véritable aventure que représente ce type de projet en termes d’installation et de rendu. Car on est en extérieur, au cœur d’un quartier touristique, et surtout au-dessus d’un fleuve qui peut s’avérer tumultueux, voire dangereux quand il s’agit d’aller plonger des micros pour capter ses sons.

Pour Oliver Beer, “Ce sont des sons merveilleux, indescriptibles. C’est à la fois toujours pareil et en changement perpétuel. Le son voyage beaucoup plus vite dans l’eau que dans l’air. Il n’y a rien de plus conducteur que l’eau. Sous le pont des Arts, dans l’eau, on entend très bien le métro par exemple”.

L’installation est de taille et sans filet ! Personne ne pouvait savoir quel serait vraiment le résultat final. C’est un challenge pour son concepteur qui aime explorer les phénomènes de résonance entre l’espace et le corps du spectateur, mais aussi pour son réalisateur, Jean-François Thomelin de la Manufacture sonore, qui a dû faire face à ce défi dont on peut dire au final qu’il est largement réussi.

Jean-François Thomelin : La production de la Nuit blanche a fait appel à notre entreprise, la Manufacture sonore, pour encadrer techniquement l’installation sonore d’Oliver Beer. Nous sommes une structure, créée en 2009 avec Vincent Butori et Yohan Progler, capable de créer du contenu (composition musicale et univers sonores), de proposer des solutions techniques et de constituer les équipes permettant la mise en œuvre de ces solutions. En ce qui me concerne, je suis réalisateur son et musicien pour le théâtre, mais aussi intervenant aux Beaux-Arts de Paris depuis de nombreuses années. Je suis donc sensibilisé aux impératifs liés à ce type d’installation.

 

La suite de cet article dans le N°210 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro