L’Atelier 231 : Du rail à la rue

Les Britanniques y fabriquaient autrefois des locomotives. Les artistes et techniciens y conçoivent aujourd’hui des spectacles. L’Atelier 231 est depuis vingt-cinq ans une usine dédiée aux arts de la rue. Mais le Centre national des arts de la rue de la métropole rouennaise n’oublie pas pour autant ses racines, fortement ancrées dans le métal et le charbon.

La compagnie Pipototal en représentation dans la grande halle - Photo © Atelier 231

La compagnie Pipototal en représentation dans la grande halle – Photo © Atelier 231

Sol en béton, tâches de peinture sur les murs et même une locomotive à vapeur stationnée dans un coin : la grande nef de l’Atelier 231 est restée dans son jus. Mais ne vous y trompez pas : l’impressionnante motrice qu’elle abrite est une réplique. Celle-là même que Jean-Paul Goude et son équipe ont conçue pour la descente triomphante des Champs-Élysées, en 1989, lors des célébrations du bicentenaire de la Révolution de 1789. Si cette motrice “Pacific 231” se retrouve entre les murs de l’Atelier de Soteville-lès-Rouen, c’est parce que la mission du Bicentenaire a choisi de l’offrir à la commune. Une façon de rappeler les liens étroits existant entre la cité normande et le train (les Anglais produisaient ici-même des Pacific 231 à la fin du XIXe siècle). La présence de la machine fait aussi parfaitement le trait d’union entre la première destination du bâtiment (anciens ateliers ferroviaires) et la nouvelle (atelier de production artistique).

Conserver l’esprit du lieu

Une métamorphose qui s’est opérée sous l’impulsion de Daniel Andrieu, ex-directeur des affaires culturelles de la Ville de Soteville-lès-Rouen puis directeur de l’Atelier 231 de 2001 à 2015. Elle est aussi indissociable de l’histoire de Vivacité, important festival d’arts de la rue créé en 1989. “Au départ, nous utilisions une friche industrielle, un ancien dépôt de tram, pour concevoir des spectacles présentés dans le cadre de Vivacité. Puis, en 1994-1995, une grande friche de 3 000 m2 a été cédée par la SNCF à la municipalité pour un peu plus d’1 M€”, se souvient Daniel Andrieu. Oposito, Générik Vapeur, Off, … La plupart des grandes compagnies de l’époque passent par là, et la Ville devient progressivement un des passages obligés pour les amateurs et les créateurs d’expressions artistiques dans l’espace public.

Dans la seconde moitié des années 90’, la Ville décide de réhabiliter les bâtiments pour les convertir en ateliers confortables pour le travail des artistes. La mission est confiée aux architectes Bernard Grimaud et Laurent Israël. Un vrai défi lorsqu’on sait que le budget tourne autour d’1 M€ et que le gros des édifices se compose d’une gigantesque cathédrale industrielle de 1 200 m2 (73 m de long pour 16 m de large) ainsi que d’une “petite” halle de 500 m2. “Lorsque nous l’avons investi, l’ensemble était un véritable dépotoir. Il y avait de l’eau partout, des fuites dans la toiture et ni électricité, ni eau-courante”, se rappelle Daniel Andrieu. S’il est alors urgent de rénover les bâtiments, pour lui, il n’est néanmoins pas question d’y aménager une salle de spectacle. “J’ai tenu vent debout, parfois contre l’avis des élus, pour que le lieu reste un espace dédié aux répétitions et au travail”, assure l’ancien directeur de l’Atelier 231. Il formule une autre exigence : que “les lieux restent bruts”. Une volonté prise au pied de la lettre par les architectes. “Je pense que notre projet a été retenu parce que nous avions une expérience importante en termes de réhabilitation”, affirme Bernard Grimaud. “Aussi notre attitude consistait à respecter l’existant et son esprit”, complète-t-il. Le maître d’œuvre tombe d’ailleurs sous le charme de ces constructions industrielles britanniques datant de la fin du XIXe. “C’est un très bel ensemble, très intéressant du point de vue du principe constructif. Les poutres en métal sont assemblées entre elles par des rivets et non pas par des soudures. Ce système de rivetage est similaire à celui utilisé pour la conception de la Tour Eiffel. Ces bâtiments possèdent une importante valeur historique”, précise l’architecte.

 

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