Benjamin Gabrié : De la conception à la construction

Benjamin Gabrié - Photo © Suzanne Barbaud

Benjamin Gabrié – Photo © Suzanne Barbaud

C’est une jeune personnalité attachante de la scénographie d’aujourd’hui. Passionné dès son plus jeune âge par le dessin et le graphisme, il est rapidement convaincu que son futur s’inscrira dans une voie artistique, encouragé par la filiation avec un père décorateur d’intérieur dont il suit les réalisations. Ses études vont dans ce sens au lycée Célony d’Aix-en-Provence, où il obtient un Bac STI Arts appliqués (mention TB) en 2009, puis un BTS Design d’Espace à l’École Boulle. Dans la continuité, Benjamin Gabrié entre par équivalence en deuxième année à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, dans le département scénographie, option choisie car elle lui paraît porteuse d’ouvertures dans sa relation et son organisation d’espaces, et non pas seulement réduite à des exigences de fonctionnalité contraignantes ou commerciales. Durant ces études, dont il a apprécié la qualité formatrice et qui ont contribué à approfondir ses connaissances du théâtre, avant d’obtenir un Master en Scénographie (mention TB) clôturant son cursus en 2015, Benjamin se confronte à différentes expériences à travers des stages ou CDD (bureaux d’études en architecture, ferronnerie en atelier et sur chantier, expositions diverses, …) ou s’engage dans la conception et le suivi de la rénovation du Théâtre de Ménilmontant à Paris en 2012, qui contribuent à conforter la palette créatrice de celui qui reconnaît aujourd’hui avoir “un pied dans la création, un pied dans la technique”. En utilisant toutefois cette dernière lorsqu’elle constitue un apport signifiant à une création, et restant naturellement ouvert dans ce cas aux nouvelles technologies. Son insertion dans la scénographie pour le théâtre passe par une rencontre avec le metteur en scène Ulysse Di Gregorio, avec lequel il collabore à partir de 2013 pour quatre spectacles créés à Paris : Une sorte d’Alaska de Harold Pinter, 4.48 Psychose de Sarah Kane, La Cantate à trois voix de Paul Claudel, Polyeucte de Corneille, mais également avec la chorégraphe Caroline Marcadet côtoyée dans le cadre de l’ENSAD et qui le rappelle pour la création de Vers le lac j’entends des pas (2015). Suivront plusieurs créations auprès de différents metteurs en scène : Alexandre Zef, Nathalie Sevilla ou Rémi Prin. Actuellement, Benjamin Gabrié vient de concevoir et de construire en atelier au TNB de Rennes la scénographie pour Les Sidérées, inspirée par Tchekhov, création d’un jeune auteur Antonin Fadinard dans une mise en scène de Léna Paugam. Si, naturellement, l’évocation de la maison très architecturée, partiellement envahie de sable, dont la façade s’ouvre entièrement, offre un aspect réaliste, cette

Les Sidérées de Antonin Fadinard, mise en scène Léna Paugam - Photo © Jennifer Montesantos

Les Sidérées de Antonin Fadinard, mise en scène Léna Paugam – Photo © Jennifer Montesantos

construction de bois, acier, polystyrène et praticables démontables, constitue surtout dans sa métaphore une machine à jouer à différents niveaux pour les comédiens, et contribue à l’expression d’un paysage mental et poétique en situation. Se situant à ce jour logiquement dans une phase évolutive de sa pratique, Benjamin Gabrié en définit toutefois les orientations directrices : “J’envisage la scénographie comme une discipline à la rencontre de tous les arts, proche de la littérature, à la fois de l’architecture, de la sculpture et de la peinture. Elle doit être toujours au service d’un texte et d’une mise en scène, sans imposer un style ou une esthétique. Chaque projet demande une nouvelle réflexion sur sa raison d’être, ce qui nécessite une recherche permanente et une remise en question des codes liés à la pratique scénique. J’assume actuellement la construction de la plupart de mes projets, ce qui me permet un suivi nécessaire, en prenant en charge ou en accompagnant la création de lumière”. Après l’exposition Anima au Invisible Dog Art Center de New York cette année, ses projets en cours pour 2017 vont dans ce sens : une nouvelle exposition consacrée à la plasticienne Prune Nourry au musée Guimet, au théâtre pour Dans la solitude des champs de coton de Koltès, une comédie musicale intitulée Saint-François d’Assise, et Une Saison en Enfer d’après Rimbaud.

 

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