Marlène Berkane : Entre rêve et réalité

a16-01-portrait-fPlus que jamais ce portrait conforte l’intitulé de cette rubrique, puisque cette jeune femme vient tout juste d’être diplômée en scénographie à l’ENSATT. À première vue, cette vocation n’a rien de surprenant puisque Marlène Berkane grandit auprès de parents constructeurs de décors pour le théâtre et le cinéma, dans un village du Val-d’Oise situé, comme elle le rappelle joliment, “près de Giverny dans la Vallée des Impressionnistes”. Encore fallait-il vaincre les aspirations d’indépendance liées à l’adolescence, pour échapper à une transmission familiale, certes séduisante, mais attendue. Au collège, dans un premier temps, sa passion pour les chevaux lui fait envisager un métier manuel lié à leur environnement. Cependant, conscient de son potentiel, un enseignant l’encourage à développer des qualités artistiques et l’oriente vers les arts appliqués, pour lesquels elle obtient un Bac sciences et technologies de l’industrie et du développement durable en 2010. Une orientation pluridisciplinaire aussitôt poursuivie au lycée la Martinière Diderot de Lyon, en CPGE Arts et Design. Entre-temps, Marlène a cultivé sa relation avec le théâtre amorcée depuis l’enfance auprès de ses parents jusque dans les coulisses. Un univers qui la fascine par sa capacité éphémère à basculer du réel à l’imaginaire ou au rêve en racontant une histoire. Pour approfondir ses relations et connaissances en ce domaine, elle fait taire une ancienne anxiété par rapport à la Fac et suit, jusqu’en licence, le cursus en Études théâtrales de la Sorbonne Nouvelle. Ces différentes études et rencontres orientent son choix vers la scénographie qui s’impose à elle par sa dimension plastique, à laquelle elle demeure attachée, et sa capacité à offrir un questionnement spatial permanent par rapport à un thème précis ou à un texte. Afin d’obtenir une formation ciblée dans ce domaine, elle entre à l’ENSATT en 2013, où elle acquiert les connaissances nécessaires à l’exercice de son futur métier. De manière concrète avec un apprentissage technique d’abord initié par la construction de décors qu’elle adore (auprès de Jean-Pierre Vincent, Jeanne Candel ou Anne-Laure Liégeois) et la réalisation de

Les Grands monarques, d’après des textes de Christian Lollike et Wajdi Mouawad - Photo © Alexandre Lailié

Les Grands monarques, d’après des textes de Christian Lollike et Wajdi Mouawad – Photo © Alexandre Lailié

marionnettes et accessoires intégrés en fonction de leurs modes de fonctionnement, puis évolutif et artistique dans les rencontres, stages et ateliers – spectacles formateurs dans un esprit d’équipe, avec les élèves des autres départements, comme il est d’usage dans cette école. Au cours de ceux-ci, Marlène Berkane aborde la conception scénographique à travers différentes créations auprès de Julie Bérès ou Thierry Bedard, et plus particulièrement pour ce qu’elle considère à ce jour comme la plus représentative de sa créativité. Un projet mené avec sa condisciple de promotion Maryse Estier, intitulé Les Grands monarques, composé d’interrogations sur le thème de la mort, d’après des textes de Christian Lollike et Wajdi Mouawad. Une forme brève évoquant la trajectoire de deux adolescents confrontés au suicide, avec trois comédiens-conteurs et une marionnette. Un enjeu scénographique complexe suscité par la mise en parallèle de la vie et de la mort matérialisée par un espace composé d’un ponton symbolisant le passage entre les deux temporalités sur un sol reflétant sous la lumière des marbrures dans l’espace. “Comme un endroit flottant au-dessus de l’eau qui ne se rattache ni à la réalité ni aux rêves.” Un spectacle encore en approfondissement hors de l’ENSATT, qui sera présenté en septembre au Festival Rabotage de Semur-en-Auxois, avec des rencontres avec des adolescents. Encore à un stade expérimental, cette jeune scénographe ne fige pas sa pratique, qui reste judicieusement ouverte et en recherche, mais formule ses constats actuels sur sa création. “Je tends à aller vers une contradiction esthétique avec les textes mis en scène, à travers des espaces très épurés comportant peu d’éléments construits qui viennent accompagner le texte et les acteurs par contraste. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de délivrer un espace lisible et clair, mais d’autoriser le spectateur à flirter entre la réalité et le rêve.” Avec un attachement, pour l’instant exclusif au théâtre, prochainement concrétisé avec Vive les animaux, d’après Vinciane Despret, mise en scène de Thierry Bedard avec la Cie Notoire, dans une localisation et un esprit forain, représenté dans plusieurs localités du sud de la France.