Interactivité & numérique : vers un spectacle vivant 2.0 ?

Situé à la jonction des arts numériques, de la recherche et de l’industrie, le Laboratoire Arts & Technologies de Stereolux contribue activement aux réflexions autour des technologies numériques et de leur devenir en termes de potentiel et d’enjeux, d’usages et d’impacts sociétaux. Dans la continuité de la collaboration mise en place dans le cadre des JTSE, il s’associe avec les Éditions AS pour une série d’articles. Tout au long de l’année, ces articles aborderont de multiples sujets liant technologies numériques, art ou design, et proposeront un point de vue sur le futur des pratiques artistiques, en particulier dans le champ du spectacle vivant.

 

Le mouvement de l’air - Duo caresses, Adrien Mondot et Claire Bardane - Photo © Romain Étienne

Le mouvement de l’air – Duo caresses, Adrien Mondot et Claire Bardane – Photo © Romain Étienne

Depuis près de deux décennies, les technologies numériques ont modifié en profondeur la création contemporaine. Ici et là, on parle de MYO (bracelet de contrôle gestuel), de Kinect et de Leap Motion (capteurs de reconnaissance de mouvements), d’Arduino (carte électronique) ou d’Oculus Rift (casque de réalité virtuelle). Ces dispositifs interactifs changent désormais le visage du spectacle vivant. Focus sur une révolution en marche.

Les dispositifs technologiques numériques sont au cœur d’un renouveau dans la création, donnant au concept d’interactivité de nouvelles perspectives. Avec ces innovations, la participation du spectateur et/ou de l’acteur permet un déploiement inédit de l’œuvre dans son environnement et offre mille possibilités à l’artiste. Le spectacle vivant (musique, théâtre, danse, cirque) ne fait pas exception à la règle, bien au contraire. L’apparition de nombreuses institutions culturelles se revendiquant ambassadeurs d’une culture numérique —Le Cube à Issy-les-Moulineaux, le Centre des Arts d’Enghien-les-Bains ou La Gaîté lyrique à Paris— sont la preuve des prémices d’une digitalisation grandissante. Le phénomène est amplifié avec la programmation, au sein de SMACs ou Scènes nationales, de spectacles usant des technologies numériques citées.

Le mouvement de l’air - Feuilles, Adrien Mondot et Claire Bardane - Photo © Romain Étienne

Le mouvement de l’air – Feuilles, Adrien Mondot et Claire Bardane – Photo © Romain Étienne

Il faut dire que la question a bien évolué. Les structures sont désormais mieux préparées pour répondre au défi technique que représentaient auparavant de tels spectacles. Les régisseurs sont formés aux dernières innovations comme le mapping vidéo, et les nouveaux lieux de diffusion construits sont davantage adaptés aux contraintes numériques. Mais surtout, l’idée, persistante dans les années 2000, de spectacles numériques perçus comme trop centrés sur le dispositif technique et de ce fait privés d’un réel intérêt artistique ou dépourvus d’imagination, n’est plus acceptable. Aujourd’hui, il est indéniable que le numérique (et donc les dispositifs interactifs) est à l’artiste contemporain ce que le pinceau est au peintre classique, c’est-à-dire un outil de production. On peut aussi voir au-delà de cette vision que le numérique est, au cœur d’une société, régit par tel ou tel progrès technologique. Internet et l’omniprésence du smartphone (qu’on retrouvera plus tard comme dispositif interactif possible dans le domaine de la musique) est peut-être l’illustration la plus marquante de cette pénétration technologique dans notre vie. Autre exemple, les promesses des casques de réalité virtuelle dans l’univers du gaming ou de l’industrie pornographique semblent être une mine inépuisable de fantasmes, parfois proches de la science-fiction. De ce point de vue, les dispositifs numériques offrent également une source d’inspiration magnifique pour l’artiste qui s’approprie le sujet, tantôt en le sublimant, tantôt en le critiquant.

 

La suite de cet article dans le N°209 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro