Bertrand Nodet : Instaurer la relation du corps à l’espace

A16-01 portraitTrès tôt, ce jeune Héraultais exprimait son goût pour le dessin en composant des bandes dessinées qui, racontant une histoire à travers ses personnages et leurs environnements, constituaient déjà une forme d’approche à la dramaturgie. Ce n’est pas pour autant que sa vocation pour la scène se révèle immédiatement. Adolescent, Bertrand Nodet était plus attiré par l’architecture et le cinéma que par le théâtre et a envisagé une formation à la Fémis qui, toutefois, ne répondait pas à toutes ses attentes. Après avoir obtenu un Bac ES et effectué une mise à niveau en arts appliqués à Montpellier, il rejoint l’ENSAAMA pour un BTS en design espace. Fort de ces acquis, et après mûre réflexion, il s’oriente vers la scénographie qui lui offre des ouvertures et une liberté artistique plus grandes auxquelles il aspire. En 2010, il intègre cette formation à l’ENSATT qui, outre l’apprentissage d’une pratique et de ses techniques, offre une mixité des enseignements et des ateliers qui développent ses connaissances du théâtre. Son mémoire de fin d’études donne le ton de ses recherches car il est consacré à “l’Enjeu du corps et de la scénographie dans la performance in-situ”. Il trouvera des prolongements dans le Collectif BIM, créé en 2013, avec ses condisciples issus des différents départements de l’ENSATT, et se consacre, sous forme de performances, “à révéler la théâtralité d’un espace public habité par le corps”, comme en témoignent depuis leurs interventions dans plusieurs villes. Si, dans le cadre de l’école, Bertrand Nodet participe à quelques créations, d’abord comme accessoiriste et constructeur de décor puis comme assistant de Stéphanie Mathieu pour L’Opéra de quat’sous de Brecht, et scénographe pour Loin de Corpus Christi de Christophe Pellet (mise en scène Anne Théron), il découvre à sa sortie la réalité d’une pratique exigeante et les cheminements nécessaires à son exercice professionnel auquel il n’était pas nécessairement préparé. Avec la belle énergie qui le caractérise, il crée des liens avec de jeunes troupes ou collectifs dont il partage les ambitions artistiques ainsi que les modes de création et de fonctionnement, dans une relation humaine, nourrie de la réalité indissociable avec le monde contemporain. Ainsi, il conçoit, en 2014/2015, les scénographies pour des spectacles des compagnies Premières fontes, Renards, le collectif Foule complexe et la Cie Y de Étienne Gaudillère (décor et costumes), avec entre temps la création d’accessoires auprès de Dominique Pitoiset pour Un été à Osage County à la Scène nationale d’Annecy. La création de Arance – Avoid shooting blacks, réalisée en mars 2015 aux côtés du jeune metteur en scène italien Pietro Marullo au Théâtre de Liège, témoigne de certains aspects et orientations de la création scénographique de Bertrand Nodet. Dans cette méditation sur l’esclavage moderne et la condition des migrants entre l’Afrique et l’Europe, l’espace scénique se révèle avec l’apparition d’une structure noire gonflable (8 m x 10 m) dont les variations de pression et les vibrations de la matière sensibilisent un rapport organique et métaphorique avec les chocs et les mutations du monde. Avec très peu de texte, cette introduction, accompagnée d’éléments et de modules évocateurs et significatifs, privilégie la relation à l’espace des comédiens bien au-delà de l’illustratif, pour aboutir à une expression symbolique souhaitée et réussie pour ce spectacle qui interpelle. Encore à l’aurore de sa création, Bertrand Nodet multiplie recherches et expériences dans le domaine scénique pour nourrir son vocabulaire scénographique qui est loin d’être figé et reste ouvert, le temps venu, à des évolutions plastiques et techniques pourvu qu’elles soient nourricières de sa pratique. “La vidéo, par exemple, est très en vogue au théâtre. C’est un média fort et très efficace mais qui prend parfois le pas sur le jeu et le corps du comédien. C’est là où se trouve tout l’enjeu pour moi en scénographie : trouver un rapport intéressant entre le corps et l’espace c’est-à-dire trouver des proportions justes mais aussi trouver quoi représenter dans une certaine économie. Au théâtre le ‘less is more’ est souvent un bon vecteur d’imaginaire pour le spectateur.” Une personnalité à l’esprit bien trempé dont on suivra avec intérêt les nouvelles créations.

Arance - Avoid shooting blacks, mise en scène Pietro Marullo, mars 2015 - Photo © Stéphane Deleersnijder

Arance – Avoid shooting blacks, mise en scène Pietro Marullo, mars 2015 – Photo © Stéphane Deleersnijder