The Encounter – Simon McBurney

Après le Printemps des Comédiens de Montpellier, The Encounter était présenté au Festival des Nuits de Fourvière à Lyon.

Simon McBurney est un magicien. Chacune de ses créations est une surprise. Il a cette capacité à nous entraîner avec bonheur dans des territoires inexplorés de la création théâtrale. Ne se contentant jamais de ses succès, il continue à chercher et à innover. The Encounter est une nouvelle rencontre du spectateur avec le théâtre.

Il y a vingt ans, Simon McBurney reçoit le livre Amazon beaming (Ed. Pengin Book, 1992), un roman de Petru Popescu qui s’est inspiré du journal de bord du grand photographe américain Loren McIntyre (1917-2003), en Amazonie, en 1969. La mission exploratrice visant à trouver la source de l’Amazone conduit McIntyre au Brésil pour la National Geographic Society. Le voyage explorateur se transforme alors en voyage initiatique. Il est recueilli par la tribu des Mayoruna où il entre en communication télépathique avec le chef de la tribu, Barnacle, “Some of us are friends.” Cette rencontre avec le peuple de la vallée Javari le mène à la découverte de lui-même, détruisant en même temps ses points de repère du temps, de l’espace et de sa foi en sa civilisation.

Simon McBurney part avec Gareth Fry (designer son) au Brésil où ils rencontrent les descendants de la tribu. Les idées et la matière pour sa pièce ont été récoltées lors de ce voyage.

D’un espace à l’autre : de la scénographie du plateau à la scénographie sonore

Comment représenter une multitude de lieux, réels et imaginaires ? McBurney crée un univers complexe. Il fait appel à l’imaginaire du spectateur, qui est toujours plus fécond que n’importe quelle image projetée (le procédé aurait plu aux symbolistes !), en le plongeant dans un espace sonore.

Le plateau, avec la cage de scène visible, ressemble à un lieu de travail, espace de répétition en désordre avec une table et des bouteilles d’eau placées un peu partout. Au centre de la scène, une tête de mannequin intrigue. C’est une tête artificielle dérivée de celle inventée par André Charlin dans les années 50’. La tête de Charlin était composée de deux micros pour oreilles, destinée à l’enregistrement stéréophonique sur bande par support unique. Elle était particulièrement bien adaptée à la diffusion par casque dans un dispositif immersif de spatialisation du son.

Ce plateau de travail est en fait une chambre sourde. Le fond de scène est composé de modules acoustiques absorbants, éléments fonctionnels puisqu’ils éliminent tout écho et résonnance mais qui, grâce au jeu de lumière, prennent des formes géométriques, donnent des reliefs différents, deviennent éléments scénographiques. Chaque spectateur porte un casque et il est ainsi totalement immergé dans l’espace créé par le travail remarquable sur le son, code principal de la narration. Le casque audio diffuse, tout au long des deux heures de la pièce, les éléments sonores extraits de cet univers et de ce voyage : l’hélicoptère qui dépose McIntyre dans la forêt, les chuchotements, la pluie d’un violent orage, les sons étranges d’animaux. Et pourtant, la création d’une partie des sons est visible en direct sur la scène. L’espace du plateau est celui de la représentation, mais c’est aussi celui où le son est créé en direct, grâce aux éléments sur scène comme les bouteilles d’eau. Ce bruitage accompagne les éléments pré enregistrés dans une grande synchronisation avec la régie et l’ingénieur du son – Gareth Fry et son assistant Pete Malkin, des acteurs tout aussi actifs. La plus grande technologie côtoie, comme toujours chez McBurney, l’artisanat du théâtre.

Seul sur scène, il se glisse dans la peau de McIntyre et fait vivre aux spectateurs ce voyage par la narration dans le casque. Il devient un conteur de génie et nous arrivons à visualiser tout ce qu’il raconte, nous sommes plongés dans la jungle de l’Amazonie.

La suite de cet article dans le N°208 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro