Archaos – As du cirque

Fer de lance du cirque contemporain des années 1980 à 2000, Archaos jouit du titre de “Pôle national des arts du cirque Méditerranée” depuis 2011. Fixée dans une ancienne chaudronnerie à Marseille, la structure supervise désormais la Biennale internationale des arts du cirque, l’un des plus importants événements du genre au niveau mondial.

Vue extérieure des bâtiments d'Archaos - Photo © François Delotte

Vue extérieure des bâtiments d’Archaos – Photo © François Delotte

Une haute façade de béton dont la peinture s’écaille. Deux vastes portes métalliques comme seules ouvertures. Un garage automobile ? Un entrepôt ? Non, un cirque. Plus précisément un “Pôle national des arts du cirque”. Depuis 2001, Archaos est installée dans une ancienne chaudronnerie, du XVe arrondissement de Marseille. Derrière ces murs anonymes sont conçus des spectacles audacieux et poétiques, des artistes du monde entiers sont accueillis en résidence et des amateurs viennent s’exercer à la voltige. Avant de se fixer dans la cité phocéenne, les gens d’Archaos ont parcouru la France, l’Europe et le monde comme des rock stars. Rappelons que la compagnie fut l’un des éléments phare du renouveau du cirque dans les années 80’-90’. Une compagnie co-fondée en 1986 par l’auteur Guy Carrara avec des circassiens, dont Pierrot Bidon (décédé en 2010). “Personnellement, je n’étais pas un amoureux du cirque”, déclare d’emblée Guy Carrara. “Je viens du texte, et même de l’abstrait. Puis j’ai rencontré des artistes de cirque durant les années 80’. J’ai été fasciné par ces gens, par leur volonté et leur abnégation. Mais j’étais plus frappé par les personnes que par le cirque en lui-même. Je me suis alors lancé une sorte de défi : comment créer une dramaturgie d’aujourd’hui avec cet art en dehors du temps ?”, précise celui qui est aussi le co-auteur de tous les spectacles d’Archaos. “Nous n’étions pas les seuls à vouloir révolutionner le cirque à l’époque. Il y avait le Cirque Plume, le Puits aux images, Docteur Paradis, … Mais tous les collègues étaient plus attachés au cirque que moi. Nous voulions prendre nos distances avec les codes habituels du genre. On s’intéressait à la musique punk, à l’esthétique de la rue, aux travailleurs, … Nous avons introduit dans le cirque des thématiques comme la religion, le sexe et la violence”, poursuit Guy Carrara.

Rock’n’roll circus

Vue du plateau de la salle 2 - Photo © François Delotte

Vue du plateau de la salle 2 – Photo © François Delotte

De 1986 à 1992, Archaos entame sa période dite “trash”. La vie de la compagnie est rythmée par le cycle des tournées et par une attitude rock’n’roll déjantée. “Nous élaborions de nombreux chapiteaux. Il s’agissait de libérer le cirque de son enveloppe traditionnelle”, indique Guy Carrara. Ainsi, en 1987, les artistes créent un chapiteau de guindes, encerclé par des camions qui avancent progressivement, les phares allumés. Pour le spectacle Metal Clown, Archaos donne naissance à une folie : un tunnel de 60 m de long, 40 m de large et 20 m de haut, sous lequel passent des camions (encore) qui transportent musiciens et artistes. Le public, lui, est assis sur les bords de cette piste non conventionnelle. Ce travail sur “l’emballage” du spectacle s’inscrit lui-même dans une réflexion globale sur les dispositifs scéniques et scénographiques. Dans cette démarche, en 1990, pour la création Bouinax, la compagnie abandonne la traditionnelle piste ronde pour une piste carrée.

Une originalité et une grande inventivité qui valent à la compagnie un succès aussi rapide que massif. Archaos obtient le Grand Prix national du cirque, décerné par le ministère de la Culture en 1989. La même année, son spectacle The Last Show on Earth – Amour et Tendresse reçoit le Best Name, oscar du meilleur spectacle vivant en Grande-Bretagne, pays où elle rencontre un succès public et critique important. Au début des années 90’, les artistes tournent beaucoup à l’étranger (Allemagne, Espagne, Canada, Scandinavie, …) avec leurs propres structures. Puis, à partir de 1993, Archaos devient l’une des premières troupes de cirque à se produire dans des grandes salles de type zénith. “Nous avons investi ces lieux alors qu’avant les gens venaient nous voir dans nos propres lieux. Il a fallu inventer des dispositifs scéniques adaptés à ces grands espaces”, témoigne Raquel Rache de Andrade, artiste de la compagnie depuis 1988 et actuelle codirectrice d’Archaos. Avec une création comme Game over (1994-1995), la compagnie touche le grand public. Le spectacle innove en mêlant cirque et projections vidéo pour aborder le pouvoir de la communication et de la télévision. “Les salles étaient souvent pleines. C’était une tournée rock’n’roll”, se souvient Raquel Rache de Andrade. Archaos enchaîne sur Game Over 2, en 1997. Mais la compagnie, toujours prompte à se remettre en question, ne s’endort pas sur ses lauriers. Dès le début des années 2000, elle décide de quitter les stadiums et autres grandes salles de concert pour présenter principalement ses créations dans des théâtres et des Scènes nationales. “Ce fut un virage énorme !”, s’exclame Raquel Rache de Andrade. “Nous avons dû construire nos propres structures adaptées aux plateaux”. Pour In Vitro (1999), un tunnel de trois arches est posé sur la scène, créant ainsi une sorte de cage dans la cage sur laquelle les acrobates et les éléments de décors viennent s’accrocher. La compagnie prolonge ainsi sa réflexion scénographique en élaborant des éléments techniques autonomes. Par exemple, dans Parallèle 26 (2006), co-créé avec la chorégraphe Sylvie Guillermin, danseurs et circassiens évoluent dans une structure de métal pour évoquer l’univers carcéral.

 

La suite de cet article dans le N°208 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro