The Encounter – Aux Nuits de Fourvière, la magie du binaural

Imaginez qu’un comédien sur scène souffle dans une tête noire de crash test dummy et que vous sentiez son souffle directement dans votre oreille et dans votre cou de façon très réaliste. Imaginez-vous directement projeté dans la chambre de Simon McBurney en plein processus de création, interrompu par sa petite fille qui vient lui parler en pleine nuit et que vous finissez par voir vraiment alors qu’il y a juste sa voix. Ou au beau milieu de la forêt amazonienne, entouré d’indiens Mayurona dansant autour d’un brasier géant, ou attaqué par des nuées de moustiques aux piqûres douloureuses.

Un décor succinct - Photo © François Vatin

Un décor succinct – Photo © François Vatin

C’est à cette expérience humaine que vous invite la compagnie Complicite, guidée par Simon son metteur en scène et performer, à travers le voyage extraordinaire vécu dans les années 70’ par le photographe Loren McIntyre jusqu’aux sources du fleuve Amazone.

C’est une performance de taille où la technologie très réaliste du son binaural est magnifiée par l’utilisation de 540 casques audio en filaire, restituant toutes les nuances de ce format qui s’approche le plus de l’oreille humaine, comme nous le verrons avec Gareth Fry, le concepteur sonore de ce spectacle très sensoriel, et son assistant Pete Malkin. Cette nouvelle évolution, dans notre époque où les technologies immersives se développent à grande vitesse (en image comme en son), laisse entrevoir de belles perspectives dans le monde du spectacle vivant, comme un instrument de plus pour raconter une histoire.

C’est donc au Radiant Bellevue à Caluire-et-Cuire, dans la banlieue de Lyon, qu’a été programmé ce curieux spectacle par les Nuits de Fourvière. Vieux de soixante-dix ans, ce festival éclectique n’hésite pas à sortir de ce magnifique lieu d’origine qu’est le site romain de la colline de Fourvière, où se produisent de grands musiciens internationaux, pour investir une dizaine d’autres lieux dans la Ville de Lyon, comme la Maison de la Danse, les Subsistances ou le collège Jean Moulin, où toutes les formes de spectacles vivants sont proposées au public.

À l’entrée public, dans cette salle moderne qu’est le Radiant, on découvre le décor très succinct : une table de travail, des micros sur pied, un flight-case, tout un fouillis de petits objets, une tête artificielle montée sur un pied, quatre retours JBL Eon 15-P à chaque coin de la scène. Pas de vrai décor ou sinon peut-être l’impressionnant mur du fond : une paroi acoustique couverte de dièdres de grande taille, le genre de modèle que l’on trouve dans les chambres anéchoïques(1), qui ferme tout le fond de la scène ! Plus qu’un véritable isolant acoustique, il sera un support pour les lumières et la vidéo, créant des volumes hallucinants.

La tête binaurale K100 de Neumann - Photo © François Vatin

La tête binaurale K100 de Neumann – Photo © François Vatin

Quand on arrive dans le gradin, on s’aperçoit qu’un casque est placé sur chaque fauteuil. Une voix répète alors que l’on doit bien vérifier s’il fonctionne et qu’on ne pourra pas profiter du spectacle si ce n’est pas le cas. Deux techniciens sont d’ailleurs prêts à intervenir au cas où. En effet, comme nous le verrons, la technologie binaurale nécessite une diffusion parfaite dans les deux oreilles (par définition c’est “ce qui a trait aux deux oreilles”). Ce qui veux dire aussi que le spectateur doit avoir une audition très peu altérée. Si c’est le cas, l’équipe peut fournir un casque HF avec une diffusion mono. Puis Simon McBurney arrive sur scène pour nous accueillir, nous faire comprendre que le test des casques est important. Il nous parle de la mémoire, de sa restitution, nous faisant glisser dans le spectacle, sans que l’on s’en rende compte, en testant ses micros : deux HF main Sennheiser autour de sa table de travail. L’un est pour sa narration, connecté à une pédale de delay qu’il active frénétiquement pour nous en faire la démonstration, tout comme la pédale de pitch avec laquelle il s’amuse sur l’autre micro où sa voix plus grave sera celle de Loren McIntyre, ce photographe du National Geographic qui s’est perdu dans la forêt amazonienne et sera obligé de suivre la tribu d’indiens qui l’a recueilli jusqu’aux sources du fleuve Amazone, un petit lac perdu au fin fond du Pérou. Un voyage éprouvant, au bout de soi-même, où la perte de conscience peut mener à la destruction et au commencement.

 

La suite de cet article dans le N°208 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro