Nantes et La Machine – Le bestiaire qui fabrique la ville

En ce début juillet, la compagnie La Machine a vécu une semaine folle qu’elle qualifie volontiers d’historique. Se sont télescopés une fabuleuse nouvelle espérée depuis longtemps et un événement, non moins attendu, qui restera gravé dans l’imaginaire collectif : la promenade de l’araignée à Nantes.

La nouvelle tellement attendue est, en effet, tombée à un moment d’effervescence : la Ville de Nantes s’est décidée, au terme d’un feuilleton plein d’incertitudes, à construire le fameux “Arbre aux hérons”, maillon clé et indispensable de l’esprit des machines savantes. Et, comble de satisfaction, la Métropole a tranché en faveur d’un écrin d’implantation idéal, en bordure de Loire. Ce projet phare prendra donc place dans l’ancien site de la carrière Misery, sur la rive opposée à l’actuel parc des Machines.

Construire des machines savantes : un acte d’urbanisme avant tout

Kumo-ni - Photo © Stéphane Goni

Kumo-ni – Photo © Stéphane Goni

François Delarozière, directeur artistique de La Machine, convaincu que l’urbanisme doit intégrer l’acte culturel dans sa démarche, n’avait jamais cessé d’y croire, après quatorze longues années de maturation et d’attente parfois déçue. La Ville ne souhaitant pas supporter entièrement le coût de réalisation (35 M€), il a fallu se tourner vers des mécènes. Pierre Orefice, le directeur des Machines de l’Île, son fidèle complice, a pris son bâton de pèlerin, épaulé par la Jeune Chambre de Commerce et a bénéficié également du coup de main persuasif de la députée de la circonscription Karine Daniel. Dix-huit entreprises se sont pour l’heure engagées à soutenir financièrement ce projet si raisonnablement fou qui va exiger deux années d’études et cinq années de réalisation. Il devrait donc voir le jour en 2023 et sera financé un tiers par la Métropole et la Ville de Nantes, un tiers par l’État, l’Europe et la Région et le dernier tiers par des fonds privés.

Le site unique choisi deviendra ainsi un jardin extraordinaire, à l’instar de nombreux jardins du monde souvent implantés dans une carrière. Avec un arbre extraordinaire : 35 m de haut, 50 m d’envergure, vingt-deux branches, deux plates-formes d’embarquement pour accéder aux hérons et, au sommet, deux hérons de 15 m d’envergure qui effectueront un vol à 40/45 m de haut avec des passagers sur leurs dos et sous leurs ailes. Et pour finir cette description pourtant incomplète, des insectes mécaniques qui permettront de passer de branche en branche, une chenille arpenteuse, une fourmi, … Beaucoup restant encore à imaginer, son concepteur évoquant une nouvelle “page blanche” qui reste à écrire. Des “ascencionneurs” individuels permettront un voyage vertical dans l’arbre. Mais le tout du projet ne réside pas seulement dans ces données déjà grandioses et expérimentées partiellement dans la galerie des Machines de l’Île.

Le site choisi est en lui-même hors du commun. Outre sa beauté face au fleuve, il est porteur d’un symbolisme puissant. Les 3,50 ha de cette ancienne carrière sont le point de départ du Sillon de Bretagne, une fracture géologique qui va se perdre pratiquement au niveau du golfe du Morbihan. Ce rehaussement hercynien dessine d’ailleurs à Nantes un quartier, la butte Sainte-Anne et, en arrière, le Bas Chantenay. Que l’arbre s’enracine là-dedans, c’est un acte symbolique sans équivalent. La volonté est d’ores et déjà que ce lieu, on ne peut plus porteur de symboles, aujourd’hui à l’abandon, devienne un espace public, accessible jour et nuit. Et les belvédères alentour offriront des perspectives inattendues sur l’arbre géant de 2 000 tonnes d’acier (le poids d’un cargo) tout près des quais.

Malgré le savoir-faire acquis en matière de construction et la précision initiale du projet, rien n’est encore écrit insiste François Delarozière. “Le projet continue de s’inventer. Il va se sculpter. Il s’agira d’une grande aventure locale. On fabriquera la ville de demain avec des métiers proches de la construction navale.” Un bureau d’études dédié au sein de la compagnie La Machine va y travailler en coordination notamment avec le service des espaces verts de Nantes Métropole pour la partie végétalisation de l’arbre et de la carrière. L’enthousiasme est donc au rendez-vous et fait répéter à François Delarozière que “partager ensemble en ville, dans la rue, une émotion positive, c’est cela l’humanité”.

 

La suite de cet article dans le N°208 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro