Le Théâtre Sébastopol à Lille

Quelle étrange et étonnante destinée que celle du Théâtre Sébastopol ! Il fut pensé, construit en tant que théâtre provisoire et est resté profondément enraciné au cœur de la cité lilloise, témoignage d’une époque baignée de rires et de larmes.

Vue de la façade du Théâtre Sébastopol - Photo © Patrice Morel

Vue de la façade du Théâtre Sébastopol – Photo © Patrice Morel

Les travaux de Florence Weiss-Ducret(1), historienne d’art, apportent un éclairage pertinent sur la démarche de l’architecte Léonce Hainez, concepteur du Théâtre Sébastopol. Le dimanche 30 avril 1903, place de la Bourse, le grand Théâtre est complet pour la soirée de clôture de la saison. Une demi-heure après l’issue de la représentation, le bâtiment est en feu. La municipalité socialiste, présidée par Gustave Delory, porte à l’ordre du jour le projet d’une nouvelle salle, implantée place Sébastopol. La teneur du courrier, en date du 14 mai 1903, est explicite : “Est-il possible de construire en quatre mois et pour une somme de 300 000 F un théâtre pouvant recevoir 2 000 spectateurs, avec une scène qui permette la représentation des grandes œuvres modernes ; de plus, il devrait comporter la particularité d’être transformable en cirque”. Le 21 juillet, Léonce Hainez et Camille Debosque, entrepreneur général, ont l’accord officiel pour le début des travaux. La construction est réalisée sur les anciennes fondations d’un marché linier et, pour les financeurs, il est inutile de privilégier la partie décorative.

La façade principale est dans le prolongement des alignements de la rue Solférino et son axe longitudinal dans celui de la rue Inkerman. Depuis le centre-ville et la place où siègent la Préfecture, la Poste et le Palais des Beaux-Arts, nous avons un linéaire architectural essentiel. Ce théâtre provisoire allait bien se trouver au cœur du quartier populaire de Wazemmes, avec de nombreuses courées établies sous le régime d’un libéralisme spéculateur et la venue d’un abondant prolétariat manufacturier vivant là dans des ghettos sans air. Cette implantation, la grandeur de la salle et sa conception scénographique attestent de la volonté de rompre l’isolement des divers groupes sociaux dans la cité. Une réussite à porter au crédit de l’architecte.

Vue de la scène de l'orchestre et du 1er balcon - Photo © Patrice Morel

Vue de la scène de l’orchestre et du 1er balcon – Photo © Patrice Morel

La vision extérieure offre une façade principale composée de trois plans successifs : un rez-de-chaussée avec deux pavillons carrés annexés à la partie centrale et supportant deux tourelles en encorbellement. À l’étage, une grande baie unique divisée en trois fenêtres. Enfin, dominant le tout, un entablement avec corniche et frise. L’accès au 1er niveau s’effectue par un escalier de dix marches avec perron, encadré par deux réverbères en fonte, conduisant aux trois portes ouvrant sur le vestibule. Aux deux grosses piles qui encadrent la baie centrale sont adossées deux cariatides, sculptées d’un seul bloc, engainées et montées sur piédestal (œuvre du jeune sculpteur Camille Debert).

 

 

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