Nouvelle génération de scénographes d’équipement. Rencontre avec Enguerrand Chabert

Lors de nos divers entretiens avec les scénographes d’équipement (voir AS n°182, 186, 187, 188, 191, 192), une interrogation sous forme d’inquiétude revenait souvent. Y a-t-il une relève ? Les scénographes expliquaient leur volonté de transmettre mais la question de la présence d’une nouvelle génération se posait.

Notre rencontre avec Enguerrand Chabert s’inscrit dans cette recherche. Une nouvelle génération est en train de prendre place, a hérité d’une profession créée et développée par leurs pères mais se confrontant à un marché différent. Si la pensée reste la même, les méthodes de travail ont évolué et d’autres préoccupations sont à intégrer dans la démarche.

Comment vous qualifiez-vous et quel est votre parcours ?

La Gaîté Lyrique, la petite salle - Photo © Bâti-Scène

La Gaîté Lyrique, la petite salle – Photo © Bâti-Scène

Enguerrand Chabert : Je suis un scénographe d’équipement. Je reste dans la lignée de mon père, Jean-Paul Chabert, qui m’a transmis l’histoire et les principes. Je me suis basé sur les trois collèges définis par l’UDS (Union des scénographes) concernant le travail du scénographe : celui du plateau, de l’exposition et de l’équipement. J’ai une formation d’ingénieur du son après de nombreuses expériences sur le terrain puisque dès l’âge de seize ans, j’étais machiniste pour les Estivales de Carpentras.

Pendant quatre ans, j’ai intégré Innovason de l’époque bretonne en tant que testeur et formateur. C’est ainsi que j’ai acquis une expérience lors de tournées importantes notamment dans les zéniths. De retour à l’agence de mon père, j’ai suivi le chantier du CDN de Montreuil qui m’a marqué : je n’avais que vingt-deux ans et je me retrouvais sur un chantier où je devais m’imposer face à plusieurs entreprises. À l’agence, je m’occupais du son, de la lumière, des réseaux et j’intégrais la technologie numérique que je maîtrisais.

C’est alors que j’ai reçu une proposition pour la régie générale du Centre des congrès de Montreux en Suisse. J’y ai travaillé pendant quatre ans et après tout ce que j’avais fait sur le terrain, j’ai compris que je voulais être scénographe. J’ai monté Bati-Scène en commençant par gérer des chantiers pour le compte de Jean-Paul Chabert.

Comment avez-vous abordé le métier ?

Il est très difficile pour un jeune scénographe d’être sélectionné dans les concours. J’ai eu la chance d’avoir été parrainé, ce qui m’a permis de rentrer dans le système. À l’agence de Jean-Paul Chabert, je me suis perfectionné sur la serrurerie et la machinerie scénique. De mon côté, j’ai pu apporter la partie numérique, réseau et programmation. J’ai créé des interfaces de logiciel et j’ai perfectionné les interfaces graphiques pour la machinerie scénique et la serrurerie.

Maison des Arts à Saint-Herblain - Photo © Bâti-Scène

Maison des Arts à Saint-Herblain – Photo © Bâti-Scène

La Gaîté Lyrique fut un tournant. Nous avons travaillé sur la partie numérique, je me suis davantage investi dans la partie fibre optique et l’aspect audiovisuel validé par l’Ircam ; cela fut une grande fierté pour moi. À cette époque, on n’avait pas encore trouvé les éléments spécifiques pour les spectacles. Travailler avec différents bureaux d’études m’a donné une vision à long terme et je sais sur quoi il faut miser dans les dix prochaines années. Certains produits vont être dépassés le temps que le bâtiment se termine. Cette évolution est visible au fil des différents salons. À la Gaîté Lyrique, entre le lancement du projet et la livraison, sept années se sont écoulées, ce qui à l’échelle de la technologie est très long. Au début du projet, personne ne croyait à mon programme de réseaux ; mais à l’inauguration, le directeur technique m’a dit que non seulement que son équipe et lui avaient tout utilisé mais qu’ils leur en manquaient déjà !

Une de mes premières missions fut pour la maîtrise d’ouvrage de la Maison des arts à Saint-Herblain qui souhaitait un complément numérique pour l’équipement scénographique. Le programme contenait le service culturel de la Ville, le conservatoire de musique, un auditorium, une salle de répétition d’orchestre et une médiathèque, un plateau multimédia et un espace d’exposition, des ateliers et des résidences d’artistes avec des ateliers vidéo. J’ai mis tout en réseau et j’ai même fait un zoom extérieur sur la Ville, une étude globale pour du long terme, afin que tous les lieux culturels, avec une vingtaine de réseaux indépendants, soient numérisés et puissent s’échanger entre eux. Ces éléments viennent de mon expérience de réseau notamment à Montreux.

Le premier concours que j’ai gagné fut celui du Centre culturel de Sainte-Savine (salle de diffusion et une bibliothèque) dans un bâtiment inscrit, avec Jean-François Lagneau, architecte du patrimoine prévu.

Actuellement, je travaille avec Architecture Studio sur un projet à Alger, un genre de “zénith” de 12 000 places équipé pour des productions internationales où j’applique mes connaissances des tournées et des grosses productions.

 

La suite de cet article dans le N°207 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro