Lisa Navarro, scénographe au présent

Le Goût du faux et autres chansons (début du spectacle), mise en scène Jeanne Candel - Photo © Myriam Tirler

Le Goût du faux et autres chansons (début du spectacle), mise en scène Jeanne Candel – Photo © Myriam Tirler

Les hasards de la vie professionnelle de ses parents ont conduit, durant son enfance, cette jeune femme dans plusieurs pays méditerranéens. Mais c’est en Grèce que s’éveille, en plus d’un goût déjà affirmé pour le dessin, une passion pour la danse qu’elle pratique en s’interrogeant (déjà) sur sa relation des corps à l’espace. Arrivée à Paris en 1995, Lisa Navarro clôture ses études classiques par l’obtention d’un baccalauréat littéraire option arts plastiques et fréquente surtout les programmations de danse du Théâtre de la Ville.

Sans idée préconçue mais avec le désir d’approfondir ses connaissances artistiques, elle intègre sur concours l’ENSAAMA – Olivier de Serres où, dans le cadre d’un BTS design de l’espace, elle développe ses pratiques, en particulier pour le dessin, la sculpture, la photographie, et aborde l’aménagement d’espaces publics. Ces deux années contribuent à affirmer une vocation sous-jacente : elle sera scénographe. En 2003, Lisa entre à l’ENSAD, où, après une année pluridisciplinaire, elle intègre le département scénographie pour une formation encadrée par Guy-Claude François et Françoise Darne, dans laquelle elle développe notamment, autour des fondamentaux, les esquisses, les maquettes, la photo et le cadrage de l’image, mais également la relation à l’architecture et la création de costumes. En 2006, pour son diplôme, elle conçoit un projet d’adaptation théâtrale pour Justine de Lawrence Durell, accompagné d’un mémoire sur Le Couloir portant sur un espace quotidien et symbolique dans l’architecture et la scénographie, supervisé par Benjamin Delmotte. À sa sortie de l’école, l’entrée dans la pratique professionnelle passe en premier lieu par un assistanat bénéfique en scénographie auprès de Annabel Vergne. Puis, l’année suivante, première création scénographique personnelle pour Push Up de Roland Schimmelpfennig, dans une mise en scène de Gabriel Dufay au Théâtre Vidy-Lausanne et en tournée. La suite du parcours de Lisa Navarro prend alors un tournant important lors de ses retrouvailles avec Jeanne Candel, côtoyée dans un atelier au CNSAD, qui l’intègre à son collectif “La Vie brève”, pour une création inventive et remarquée, Robert Plankett, où l’organisation spatiale et l’esthétique contribuent à l’expression des différentes tonalités du spectacle.

Le Goût du faux et autres chansons (fin du spectacle), mise en scène Jeanne Candel - Photo © Myriam Tirler

Le Goût du faux et autres chansons (fin du spectacle), mise en scène Jeanne Candel – Photo © Myriam Tirler

Cette première réalisation marque le point de départ d’une collaboration fructueuse avec la metteuse en scène, nourrie par une vision commune du théâtre et le désir de créer ensemble, formant un duo productif à l’instar de quelques exemples significatifs en la matière. Entrecoupée de quelques créations scénographiques auprès de plusieurs metteurs en scène (Anne Bourgeois, Julie Cordier, Benjamin Jungers, Jean Lacornerie), cette coopération s’est poursuivie —avec la contribution de Samuel Achache— pour Le Crocodile trompeur / Didon et Énée d’après l’opéra de Purcell (2013), puis l’année suivante pour Le Goût du faux et autres chansons. Sur cette création ambitieuse, associant théâtre et musique, interprétée par des acteurs-musiciens et comportant de multiples saynètes racontant une histoire singulière en interrogeant l’origine du monde, l’objectif scénographique prioritaire de Lisa Navarro passe par le désir de rendre le spectateur actif, dans une relation artisanale en clin d’œil avec la machinerie à l’italienne où les châssis peints, les objets et accessoires insolites contribuent à l’expression et au rythme de la représentation. Une création représentative des choix artistiques de cette jeune artiste, dont elle livre les lignes directrices. “Pour moi, la scénographie c’est le dessin d’un instant, un souvenir persistant traversé d’accidents ! Le lieu où se rencontrent les corps, les vides, les pleins, les allégories, les couleurs. J’aime beaucoup cette définition de Svoboda : ‘La scénographie se définit comme l’un des instruments de ce grand orchestre que forment les divers moyens d’expressions du théâtre (jeu, danse, musique…). Elle peut tantôt en jouer en solo, tantôt se fondre dans l’ensemble, tantôt encore cesser d’en jouer’.”

Actuellement, toujours auprès de Jeanne Candel, Lisa Navarro affine sa création scénographique pour l’opéra Brundibár de Hans Krása, présenté en mars prochain à la Comédie de Valence. Une nouvelle occasion d’affirmer un talent représentatif de la nouvelle vague de créateurs scéniques.