Alain Cornevaux : Instit rockeur, amoureux des lights

Mais cette machine dans ma tête

Machine sourde et tempête

Mais cette machine dans ma tête

Leitmotiv, nuits secrètes

Tatoue mon âme à mon dégoût

Axel Bauer

 

 

Capture d’écran 2016-04-21 à 13.42.26Les belles années de nos vingt ans

1968, un an avant la libération sexuelle chantée par Gainsbourg, Alain Cornevaux entre à l’École normale des instituteurs de Montpellier.

À la même époque, il s’intéresse beaucoup à la musique British rock et au blues US. En ces temps-là, vouloir devenir instituteur avec un programme d’études (pédagogie, psychologie, sociologie…) et gérer un bon délire musical était la normalité de ses années de libertés non retenues.

Chemin faisant, Alain Cornevaux devient instituteur (Bac + 3 d’aujourd’hui) et joue dans différents groupes de rock, avec en tête un rêve bien ancré de devenir un jour musicien professionnel. Malgré tout le parcours reste classique.

1980 : Gainsbourg devient Gainsbarre et se désintègre peu à peu dans les volutes de Dieu est un fumeur de Havanes ou de gitanes.

Alain Cornevaux, après de nombreux essais, décide de monter à Montpellier son dernier groupe —Cargo de Nuit. Pendant près de cinq ans, le groupe acquiert une véritable renommée en France et à l’étranger. Pendant la tournée, ses moments de répétition et de repos, Alain commence à s’intéresser à la lumière et à l’utilisation de son matériel.

Quand le groupe s’est arrêté d’exister, le bassiste avait un goût prononcé pour l’audio et Alain, toujours, pour la lumière. Les deux étant instituteurs, ils ont tout de go démissionné de leurs postes offrant sécurité ad vitam æternam.

Et voici que nos deux hardis compères se lancent dans la création de leur première société de prestation de services.

Cargo Audiolight & ESL

Les ateliers de fabrication de rideaux - Photo © ESL

Les ateliers de fabrication de rideaux – Photo © ESL

Début des années 90’, Alain Cornevaux entre dans une communication active et participe à différents salons comme le Siel à Paris et le Plasa à Londres. Au bout de trois ans d’existence de Cargo Audiolight, notre ami décide de se consacrer à la distribution de certaines marques. Une nouvelle société ESL (Européenne du Son et de la Lumière) fut créée en juin 1991 et présente en 1992 au Siel.

Alain Cornevaux : “Ma formation s’est faite sur le tas. Je n’étais en rien scientifique et encore moins dans les affaires commerciales. J’ai tout appris sur le terrain très rapidement, que ce soit l’utilisation des consoles, les commandes, la facturation ou les déclarationsTout de suite et très clairement, ma volonté a été de bien séparer les deux sociétés : Cargo Audiolight c’était la prestation et ESL la distribution, le service aux prestataires.”

Alain continue à fréquenter différents salons et plus précisément le Plasa. Il entre en contact et sympathise avec des sociétés comme Lighting Technology, Cerebrum Lighting ou AC Lighting. Ces sociétés étaient pour lui intéressantes car elles avaient des produits quasi introuvables à l’époque en France. Ainsi, la distribution a débuté par Doughty.

Alain Cornevaux : “Ce que j’avais apprécié dans la façon anglo-saxonne de traiter notre ‘industrie’, c’était le fait qu’il existait des sociétés développant des marques mais rendant aussi service. Ce service global était de trouver dans un même endroit aussi bien des filtres que des lampes ou des connecteurs. J’avais trouvé cela vraiment bien car, en France, on souffrait trop de la disparité des fournisseurs de consommables. Il y en avait que quatre ou cinq et uniquement à Paris.”

Une nouvelle forme de services…

Pour Alain, ce fut un déclic, c’est devenu très clair dans sa tête : étendre la distribution, rendre ce service aux prestataires et développer la quantité de produits, des marques spécifiques, rajouter le service des consommables. Et il fallait aussi anticiper l’Europe, l’ouverture des frontières, l’euro,…

En outre, le fait de côtoyer des fabricants qui développaient des technologies nouvelles lui a permis de mieux appréhender les directions à prendre pour l’avenir. Géographiquement, ESL couvre toute la France et les pays francophones. Depuis six ans, il y a une agence à Paris avec quatre personnes à plein temps. Au total, ESL a cinquante-trois salariés en CDI.

Les rideaux c/o ESL

Les ateliers de fabrication de rideaux - Photo © ESL

Les ateliers de fabrication de rideaux – Photo © ESL

Les années 2000 : Gainsbourg n’est plus là. Alain Bashung sort Climax.

Alain Cornevaux rencontre Michel Ortega, fabriquant de rideaux et c’est le point de départ d’une nouvelle aventure. En ces temps-là, il n’était pas toujours aisé de trouver des rideaux sur mesure. Ce rendez-vous commun les a décidé à réaliser quelque chose de très axé uniquement auprès de la prestation.

Alain Cornevaux : “Ce secteur a débuté très rapidement et continue aujourd’hui sa progression. Mon idée première était le service car quand on est une société qui fait de la prestation, il y a toujours besoin de rideaux. C’est un métier à part de la vente ou la location de matériel. Nous proposons aussi des rails et des patiences, mais nous nous limitons à un certain format ; par exemple, nous ne fournissons pas l’automation. Ce département est intégré dans la société, mais c’est une structure qui a ses propres bureaux administratifs et assure sa fabrication dans ses propres locaux.”

La lumière c/o ESL

Actuellement, pour ce qui en est des produits à LEDs, il y a deux enseignes phare : Chroma-Q et DTS. Pour les clients prestataires/revendeurs/installateurs à budget plus restreint, ESL propose Prolights et ArchWorks en architectural, fabriqué par la maison italienne Music & Lights, implantée depuis vingt-cinq ans en Italie.

Pour le contrôle en lumière, ESL propose Artistic License, Enttec (fabricant français installé en Australie), Visual Productions ainsi que les consoles australiennes Jands Vista.

Pour la visualisation, ESL est le distributeur Wysiwyg depuis le tout début. Depuis près de trois ans, il y a Arkaos, la marque belge des Mediaserver, les logiciels de contrôle Madrix et un développement vers la vidéo avec les écrans à LEDS haute résolution Unilumin et Prolights.

La transversalité des services

À la création de la société ESL et dans ces vingt-cinq dernières années, pour Alain Cornevaux, le changement le plus important a été la chute des barrières existantes entre les différents “milieux” du spectacle (show-biz, théâtre, broadcast, …). L’informatisation des techniques a uniformisé les secteurs professionnels entre eux grâce à l’utilisation des mêmes produits.

C’est avec l’introduction des nouveaux types de contrôle, des LEDs, … que nous sommes en train de modifier notre façon d’éclairer. La fabrication et la distribution se modifient aussi. Il n’y a plus de fabricants d’éclairage scénique qui ne s’intéressent pas à l’architectural ou à la télévision.”

Le rajeunissement des métiers…

Chez ESL, la moyenne d’âge des gens dans l’entreprise est de quarante ans. Mais ces dernières années, sont arrivées, grâce à une formation plus appuyée, plus importante, de jeunes générations. Ce qui apporte un renouveau important, des spécialisations plus poussées des professions.

Alain Cornevaux : “Quand les consoles pour automatisés sont arrivées, il y a une quinzaine d’années, nous avons eu tendance à dire et à penser que tout allait être plus simple. En fait, on s’aperçoit que cela devient de plus en plus technologique et qu’apprendre sur le tas est maintenant quasi impossible.”

… et l’avenir de la prestation

Alain Cornevaux : “Incontestablement, ces dernières années, ce sont les prestataires qui souffrent le plus de la crise. Globalement, le spectacle vivant marche plutôt bien, mais depuis cinq-six ans, je perçois que les prestataires se déportent sur l’architectural, les installations et des groupements se forment. Il y a aussi des gros groupes (IEC, Videlio, …) qui se sont lancés dans l’installation de lieux de spectacles. Tout le monde va chercher des marchés qui lui semblent nouveaux.”

Le Sud et les festivals

Au cours de ces cinq dernières années, les chiffres ont doublé en quantité de festivals. Maintenant, n’importe quel petit village de la France baigné de soleil organise son festival. Les “grosses machines” comme Avignon ou Montpellier continuent à drainer du public. Mais l’avenir “culturel” laisse dubitatif notre ami.

Alain Cornevaux : “Je ne sais pas ce qu’il va se passer avec l’économie subventionnée. J’ai une réelle appréhension sur le futur de la culture comme elle ‘se vend’ aujourd’hui —tout au moins pour le financement. Les symptômes actuels sont les baisses enregistrées chez les prestataires depuis 2013 et 2014. 2015 était partie pour être une belle année, mais je ne vous cache pas qu’après les attentats de Paris, cela est toujours ressenti. Les promoteurs et certaines mairies, qui savent ce que coûte la sécurité, se sentent moins concernés. De toute façon, nous allons voir les tendances à partir du mois prochain. Mais globalement, je reste plutôt optimiste. Nous avons diverses activités en télévision et en vidéo. Notre palette s’élargit et nous permet d’avoir un CA assez constant.”