Regards, pour conjurer nos nuits sans lumière(s)

Il y a des yeux qui reçoivent la lumière et il y a des yeux qui la donnent.”

Paul Claudel

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière,

au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur.

Émile Zola

Regards - Photo © Arthur Empereur

Regards – Photo © Arthur Empereur

Mercredi 4 novembre, conférence de presse de la (désormais) traditionnelle Fête des Lumières au Musée des Confluences. Tout Lyon se presse, comme chaque année, pour rêver sa Ville transfigurée par la lumière. Le “8 Décembre”, comme on l’entend encore de la bouche des Lyonnais de souche, on lifte la Ville à grands traits de lumière(s). Quatre soirs durant, autour de cette (fameuse) nuit du 8 Décembre, des milliers de badauds flânent dans tous les quartiers en quête d’enchantement. Qui place des Terreaux, qui place Saint-Jean sur les murs de la cathédrale, qui sur la colline de Fourvière, … L’affiche 2015 est une vraie promesse. Vendredi 13 novembre, on assassine Paris. Stade de France, Bataclan, Belle Équipe, Petit Cambodge…

Le tragique bilan des attentats meurtriers sonne le glas de l’édition 2015 de la Fête lyonnaise. On ne le dit pas encore mais au fond, tout le monde sait bien que l’onde de choc a été telle qu’une métropole de l’ampleur de Lyon ne peut raisonnablement rassembler des millions de personnes dans ses rues sans danger. Quiconque fréquente l’événement sait combien se hisser jusqu’à la place des Terreaux relève de l’exploit à l’heure des fortes affluences. Impossible de prendre ce risque. Jeudi 19 novembre, sagesse oblige, Gérard Collomb, maire de Lyon et président de la Métropole se résout à annuler l’édition 2015 et à transformer le soir du 8 Décembre en hommage aux victimes des attentats. Seul sur Saône, Daniel Knipper et ses Regards font diablement écho à ces jours meurtris de l’humanité. Et partout dans la Ville, des lumignons posés sur les fenêtres réchauffent les âmes.

Ça aurait été…

2015 aurait été l’embrasement du Théâtre Antique de Fourvière (une première) avec le bien nommé Incandescens, guidé par Jérôme Donna et Simon Milleret-Godet de la Direction de l’Éclairage Public. Les traces de leur travail laissent, à travers les ans, d’impérissables souvenirs. On se rappelle du sublime Rêves d’enfants (2011) dans la montée de la Grande-Côte, de l’aquatique Immersion abyssale (2012) projetée sous les voûtes Perrache et de l’envoûtante Laniakea (2014), carte du système solaire tombée au sol, place Antonin Poncet. Ça aurait été, aussi, Le Songe d’une nuit dorée imaginé par Marie-Jeanne Gauthé et Géraud Périole au Parc de la Tête d’or. Ça aurait été, encore, Un Piano sous la neige, place Sathonay, conçu par Les Orpailleurs de Lumière en collaboration avec Fa Musique. Ça aurait été Évolutions sur la cathédrale Saint-Jean sorti tout droit de l’esprit poétique de Yann Nguema d’EZ3kiel. Ça aurait été, enfin, Sens dessus, dessous, pensée sur le climat et ses dérèglements par Jacques Couturier parrainé et soutenu par EDF. Ça a été les Regards troublants de Daniel Knipper qui ont envahi la colline de Fourvière sertis des prénoms de chacune des victimes du 13 novembre.

 

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