Hélène Jourdan, entre fiction et réalité

Hélène Jourdan - Photo © Mathilde Chamoux

Hélène Jourdan – Photo © Mathilde Chamoux

Au cours d’une adolescence passée dans une petite commune de Basse-Normandie, l’éveil artistique de cette jeune fille fut principalement suscité par un père transporteur et amateur d’architecture qui développa sa sensibilité et son appétence à différentes formes d’expressions artistiques, en particulier les arts plastiques. Aussi, dans une suite logique, elle obtient en 2005 un baccalauréat scientifique, option arts plastiques avec mention. En parallèle, Hélène Jourdan intègre le théâtre amateur comme comédienne dans une troupe municipale, à l’occasion de représentations annuelles. Une dualité qui, bien naturellement, va influencer ses orientations. Dans un premier temps avec des études en arts plastiques et scénographie aux Arts décoratifs de Strasbourg, entre 2006 et 2009, sanctionnées par le diplôme national avec mention. C’est une période durant laquelle elle suit également une formation de conception et régie lumière auprès de Christian Peuckert et crée une installation sonore déambulatoire, DIS-cerner, aux Bains municipaux à Strasbourg, bâtiment classé à l’inventaire des monuments historiques. Puis, dans le cadre des échanges du DNSEP (diplôme national supérieur d’expression plastique) elle passe une année à l’École supérieure de théâtre de l’Université du Québec à Montréal, avant d’intégrer en 2010 le département scénographie du TNS (Groupe 40). Elle apprécie particulièrement l’ouverture interdisciplinaire pratiquée dans une même promotion, à même de nourrir une synergie et un relationnel avec les divers composants et métiers du théâtre, et aussi en développant un sens du collectif à travers divers ateliers (spectacles d’élèves, performances, …) et de productions auprès de Alain Françon, Pierre Meunier, Georges Lavaudant ou Jean-Yves Ruf. Diplômée en 2013, Hélène Jourdan rencontre la même année le jeune metteur en scène

Gulliver, d’après Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, mise en scène Karim Bel Kacem - Photo © Hélène Jourdan

Gulliver, d’après Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, mise en scène Karim Bel Kacem – Photo © Hélène Jourdan

Karim Bel Kacem pour lequel elle réalise, dans le cadre du Festival des Arts vivants de Nyon, une machine inspirée du Klerotèrion, utilisée durant la démocratie athénienne antique pour le tirage au sort des jurés de l’Héliée parmi les citoyens. Une collaboration qui se poursuit avec la scénographie pour Blasted (Anéantis) de Sarah Kane, au Théâtre Vidy de Lausanne, avec un dispositif scène-salle original, qui trouvera des prolongements et aboutissements pour une “2e pièce de chambre” lors de Gulliver, d’après Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, adaptée et mise en scène par Karim Bel Kacem et présentée au Théâtre Nanterre-Amandiers en septembre 2014. À l’origine de ce projet scénographique, une volonté de provoquer le point de vue du spectateur : à partir d’une boîte rectangulaire percée de larges lucarnes vitrées de glaces sans tain, à travers desquelles il organise son regard pour s’embarquer dans une navigation sur une terre inconnue, accompagnée d’une relation sonore (bruitages, voix) diffusée par le casque audio qu’il porte durant la représentation. À l’intérieur de l’espace, sous un plafond mobile, le jeu des quatre comédiens s’associe à leurs manipulations de très nombreux personnages ou éléments miniaturisés (en situation à l’échelle de Lilliputiens) dont les apparitions prennent un aspect magique. L’ensemble ouvrant sur une sensibilisation subjective au monde des rêves en sollicitant l’imaginaire. À ce stade de sa création scénographique, Hélène Jourdan analyse avec lucidité son positionnement au regard de sa jeune pratique, sachant qu’elle doit se nourrir d’expérimentations, de confrontations à divers univers scéniques, de recherches tant plastiques que dramaturgiques. Pour autant, certaines lignes directrices apparaissent lorsqu’elle évoque sa relation à la scénographie. “Je suis attachée à trouver un équilibre entre la fiction et la réalité pour établir dans l’espace un frottement entre le théâtre et la vie quotidienne, en restant à l’écoute, attentive d’un texte, d’un metteur en scène et d’une dramaturgie, en utilisant des matériaux simples mais signifiants, sans a priori ou références figées. En poursuivant des recherches dans tous les domaines en mesure de conforter ou d’élargir la palette de ma création.” Une nouvelle possibilité d’aller dans ce sens lui est offerte dès janvier 2016 avec la création, au Studio Théâtre de la Comédie-Française, de deux pièces en un acte de Tchekhov, Le Chant du cygne et L’Ours, pour lesquelles elle crée scénographies et costumes, dans des mises en scène de la jeune Maëlle Poésy, déjà côtoyée lors de Candide/Si c’est ça le meilleur des mondes... Une collaboration qui se poursuivra pour Ceux qui errent ne se trompent pas en mai 2016. Un talent à suivre.