MaMA Event – 6e édition

A10-01 logoOn l’a vu naître, on le regarde grandir. Jeune pousse arrivée à pleine maturité, le MaMA (Marché pour les musiques actuelles), dont le coup d’essai a été lancé à Bourges par l’infatigable Daniel Colling, trouve son rythme de croisière en plein Pigalle, le Trianon pour centre, et s’étale d’Anvers à Barbès, de la Cigale à la Boule Noire, en passant par le Divan du Monde, les Trois Baudets, le Centre musical FGO Barbara, le Théâtre de l’Atelier et de l’Atalante… Le capitaine Fernando Ladeiro-Marques peut s’enorgueillir des quelques 4 625 professionnels, 450 journalistes accrédités et 58 nationalités présentes trois jours durant, du 14 au 16 octobre dernier. Cette fourmilière musicale grouille de jour comme de nuit. Le jour, on parle, la nuit, on danse, on écoute, on repère. Zoom sur une édition réussie.

Jour

Promenade dans Pigalle, bracelet estampillé MaMA au bras, en quête de matière grise sur des thèmes composites. Les conférences organisées se subdivisent en thèmes : artistes, hors parcours, musique enregistrée, organismes publics professionnels, spectacle vivant. Parmi eux, “Le streaming de demain, quelles évolutions ?”. L’industrialisation du spectacle vivant, le sens et la place de la création artistique, l’art de programmer et la bataille des artistes à l’ère digitale, … Passionnant débat (entre autres) autour de cette question fondamentale des droits d’auteurs où les pistes ont été brouillées dès l’apparition des plates-formes digitales. Et les artistes trinquent. Leurs revenus se voient réduits à peau de chagrin, et personne ne sait réellement que faire pour lutter contre la fatalité. Ce mercredi après-midi, au Théâtre de l’Atelier, sont notamment réunis Jean Aittouarès et Robert Horsfall (avocats), Paul Pacifico (Featured Artists Coalition) et Stéphane Le Tavernier (Sony). On déplore d’une part cet état de fait désastreux, cette révolution des comportements de consommation. En substance, tout le monde s’accorde à dire que l’ancien modèle économique où les maisons de disques étaient également distributeurs de disques, émettaient catalogues et tarifs, est à bout de souffle. En l’espace de dix ans, les supports physiques tels que les CDs et même l’ipod ont pratiquement disparus. Cela constituait la base de la rémunération de l’artiste. Ce marché a connu une rupture sans précédent avec la dématérialisation. Cela change la relation au support physique (CDs), elle concède les droits de l’artiste à un tiers chargé de les exploiter. Lorsqu’on licencie les droits, la rémunération est une redevance. Aussi, les abattements appliqués liés à l’exploitation sur support physique auraient dû disparaître car les maisons de disques ne supportent plus les coûts. Un train de retard donc pour la contractualisation. Avec le streaming, il n’y a plus de corrélation entre le public qui écoute et la redevance que touche l’artiste, plus aucune connexion entre sa rémunération et la masse du marché. Après avoir balayé la somme des problèmes induits par cette écoute digitale, on se réjouit d’autre part de ce que procure cette modernité, en outre la possibilité pour des artistes de diffuser leurs compositions et albums de manière instantanée.

Nuit

À partir de 17 h, tout ce beau monde musical sonne les retrouvailles autour des apéros professionnels à coup de rencontres et d’échanges de cartes de visite. La nuit venue, la folk/pop coule à flot dans toutes les salles de Pigalle. Près de 120 concerts, principalement des découvertes, ponctués de quelques têtes d’affiches telles que Aaron ou Jay-Jay Johanson. Mais la réussite absolue du MaMA tient sans doute au défrichage de nouveaux talents et l’événement contourne l’entre-soi en rendant les concerts accessibles au public sous la forme de Pass (un jour 24 €, trois jours 49 €). On bondit de salle en salle au rythme des sets, on échange à tour de bras, on fait des découvertes musicales improbables. Impeccable.