L’OPEK, un laboratoire artistique en mouvement

En sortant de la gare de Leuven, j’évite de justesse un cycliste d’un saut qui aurait rendu jaloux un jeune lièvre. Mon petit plan dans la poche, j’entame mon chemin vers l’OPEK (Openbaar Entrepot voor Kunsten ou Entrepôt public pour les Arts).

Un large boulevard me mène vers un canal que je traverse grâce à un pont. Ensuite je tourne et au coin de la rue, je me retrouve devant un tableau surréaliste : un gigantesque bassin d’eau dans lequel paressent quelques yachts et à gauche, se dressent d’étranges bâtiments délabrés et à moitié vides. Une fine pluie tombe, elle joue sur le bassin d’eau un air méconnaissable. Plus loin, surgit un bâtiment imposant dont les lumières m’attirent. J’ouvre une porte et me retrouve dans le café-entrepôt de l’OPEK. Nul contraste n’aurait pu être plus grand ; les couleurs me sautent au visage, les gens parlent de tous les côtés. C’est là que mon interlocuteur m’attend, il se doit de me raconter l’histoire de l’OPEK et de ses habitants.

Vue extérieure générale - Photo © t‘Jonck-Nilis

Vue extérieure générale – Photo © t‘Jonck-Nilis

L’Entrepôt

Dès la fin du XVIIIe siècle, des bateaux chargés de sel, de tabac et d’huile de foie de morue arrivaient au nord de Louvain. La marchandise était déchargée et stockée dans un entrepôt. Lors des bombardements de 1944, tout fut rasé. En 1956, un nouvel entrepôt fut édifié d’après les plans de l’architecte Victor Broos. Le bâtiment était constitué des bureaux pour la douane. Une autre partie servait au stockage de marchandises. La bâtisse possède deux éléments surprenants : une tour circulaire à l’arrière, et une façade avec un haut quai et auvent horizontal en béton. Des hampes accrochées au mur se réfèrent au style “paquebot”. L’édifice est considéré par sa fonctionnalité comme un exemple d’architecture moderne, de l’après-guerre. Suite à l’existence de l’Union monétaire européenne, l’importance de l’entrepôt diminua. En 2009, les derniers fonctionnaires quittèrent le lieu. Le “tamtam” de la fermeture arriva vite aux oreilles des organisations culturelles toujours à la recherche d’un lieu de travail.

Auparavant, certaines d’entres elles s’étaient déjà associées sous le nom de tPAKT vzw. Il s’agissait de deux troupes de théâtre —faBULEUS et Braakland/ZheBilding (devenus het nieuwstedelijk)— et de trois organisations d’éducation artistique : Mooss, WiSPER et Artforum. Cette approche collective pour une transformation vivante du bâtiment attira d’autres groupements intéressés. Ainsi l’école d’acteurs et de metteurs en scène LUCA Drama et un projet socialo-artistique —De FactorY— s’installèrent aussi.

Deux bureaux d’architecture furent contactés pour établir un concept à partir d’un programme complexe. L’association souligna l’importance qu’elle accordait à la réalisation d’endroits multifonctionnels, à l’image du système de cohousing (habitat participatif) dans la construction de logements.

La grande salle - Photo © Clara Hermans

La grande salle – Photo © Clara Hermans

Les architectes explorèrent les 5 000 m² et les trois étages. Fonctionnalité, récupération, écologie furent au centre des discussions. Il a fallu également composer avec le fait que la façade et certaines parties intérieures se trouvaient sur la liste de la protection du patrimoine culturel. Le bureau d’architecture t’Jonck-Nilis fut choisi. Leur approche était claire et simple, basée sur trois questions : “De quoi avez-vous besoin ?”, “De quoi pouvez-vous vous passer ?” et “Que pouvez-vous partager ?”.

Les réponses formèrent la base d’une liste de souhaits comprenant une grande salle, quatre salles de répétition, des ateliers d’art, un café-resto, des bureaux et l’infrastructure nécessaire autour de ces activités.

Le budget pour la transformation n’était pas faramineux : 345 €/m², étaient inclus les équipements techniques de théâtre et de la grande salle.

Deux ans plus tard, en septembre 2011, une foule de curieux assista à l’ouverture.

 

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