Festival d’Aurillac 2015 : Jeux de rue très engageants autour des lois de la gravité

Deux spectacles nocturnes auront particulièrement retenu l’attention cette année dans la programmation officielle du Festival international de rue d’Aurillac qui a fêté son trentième anniversaire et vu sa fréquentation comme son nombre de spectacles s’accroître encore. Nous avons choisi d’évoquer ces deux expressions artistiques emblématiques du croisement des arts de la rue qui pratiquent ce “théâtre à 360°, pour parler à la ville entière” selon la formule de Michel Crespin, disparu en septembre 2014 et auquel cette édition anniversaire donna une fois de plus raison et lui rendit ainsi hommage.

As the world tipped, Wired Aerial Theatre - Photo © Sophie Laslett

As the world tipped, Wired Aerial Theatre – Photo © Sophie Laslett

Commençons par The Baïna Trampa Fritz Fallen. Comprenez à ce mélange d’anglais, de basque, d’espagnol et d’allusions volontairement embrouillées à l’écrivain Fitzgerald ou au film Fitzcarraldo : “dans un piège de maïs Fritz tomba”. Car la compagnie G. Bistaki, née en 2006, se veut d’abord récréative puis créative. Georges Bistaki est d’ailleurs un personnage historique créé de toute pièce, un mentor idéal, scénographe, écrivain, chorégraphe, sentencieux comme il se doit. Il est l’auteur de mots célèbres évidemment apocryphes. Par exemple, il aurait affirmé : “Le travail spécialisé fait de l’homme un fragment d’homme”. Ici, le jeu porte essentiellement, on va le voir, sur l’objet, la matière.

The Baïna Trampa Fritz Fallen, compagnie G. Bistaki - Photo © Stéphane Goni

The Baïna Trampa Fritz Fallen, compagnie G. Bistaki – Photo © Stéphane Goni

Il y a quatre ans, le collectif, dans son spectacle Cooperatzia – La Maison, s’était amusé avec les tuiles, occupant le collège Saint-Eugène d’installations plastiques et de jeux de jonglages de tuiles sur tous les modes : entières, brisées grossièrement, cassées menues, renversées, rangées de toutes les façons possibles et imaginables. Il fallait voir et entendre ce ballet fougueux de cette bande venue du cirque. Ils associèrent alors, malicieusement, les tuiles aux sacs à main revisités par des exercices de jonglage très virils. 5 000 à 6 000 tuiles prévues initialement, Jean-Marie Songy, le directeur du festival leur en avait offert 15 000 pour aiguillonner l’invention. Proches du land art, ils acceptent qu’une création se revisite in situ, ne se refait jamais comme auparavant. Ils se disent aussi que les idées se trouvent précisément dans cette adaptation aux lieux et aux opportunités. Grâce à cette prise de risque jaillissent comme naturellement les instants de magie.

The Baïna Trampa Fritz Fallen, compagnie G. Bistaki - Photo © Stéphane Goni

The Baïna Trampa Fritz Fallen, compagnie G. Bistaki – Photo © Stéphane Goni

La suite de cet article dans le N°203 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro