“Paris Merveilles”: le Lido 2.0

A12-01-Lido-6Entre la tradition des Bluebell Girls et les strass, autres éléments de son “ADN” artistique, le Lido se réinvente. Franco Dragone avait pour mission d’en relooker le clinquant, sans partir à la dérive. Et il semble bien avoir gagné son pari. L’avenir le dira… 

L’exercice est des plus périlleux qui soit car les écueils sont légion. Quand il faut se réinventer et changer son image sans pouvoir annoncer une révolution complète, quand il faut presque faire oublier qu’on fait peau neuve, tout en l’annonçant mondialement, l’acte artistique à inventer ressemble à un numéro de funambule. Le Lido avait donc besoin d’un maître en la matière : Franco Dragone. Le metteur en scène italo-belge est, depuis ses débuts en tant qu’égérie du Cirque du Soleil, devenu le spécialiste mondial des grandes messes du spectacle ultra-spectaculaire. À Macao, en Chine, son film d’action joué en direct, The House of Dancing Water, ne mise que sur le gigantisme, sur des trajectoires aériennes pour corps, motos et autres appareils volants, dans ou au-dessus d’une piscine aux dimensions plus qu’olympiques. Et à Wuhan, The Han Show va même plus loin. Pas de sauts de moins de vingt-cinq mètres pour tomber dans des flots déchaînés. Par comparaison, chaque cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques fait pauvre. Et “même” à Las Vegas, Le Rêve est de la même trempe. Que pouvait faire un Dragone dans l’exiguïté de Paris intra-muros, a fortiori sur les Champs-Élysées? Lui aussi était bel et bien obligé de se séparer de certaines habitudes. Musique grandiloquente, public assis en cercle, hauteur sous plafond comme dans une cathédrale : tout ça ne correspond pas au Lido, et le spectateur élyséen serait peut-être “not amused” si l’eau de quelque fontaine intempestive éclaboussait les coupes à champagne.

A12-06-lido31-StephaneCardinaleÀ Wuhan, on voit plus grand. Le nouveau théâtre a été construit spécialement pour accueillir la démesure dragonienne. À Paris, c’est au roi du spectacle de s’adapter, pour réussir à réviser l’identité du célèbre cabaret sans en trahir ce qu’ils appellent, en interne, leur “ADN” artistique. Il fallait donc veiller à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, même si le bassin, la patinoire et les fontaines (à la taille de jouets, si l’on compares aux dimensions en Chine) font toujours partie du spectacle. Le concept et chaque orientation artistique, toujours confrontés à l’identité du Lido, ont été débattus au sein d’un comité présidé par Nathalie Bellon-Szabo, la présidente du département lieux et marques de prestige chez Sodexo, qui gère, outre le Lido, le restaurant de la Tour Eiffel, Yachts de Paris, Pré Catelan… À ses côtés, on trouve Jane Sansby, sans doute l’Anglaise la plus parisienne du monde. Elle a commencé sa carrière en entrant dans la fameuse troupe des Bluebell Girls en 1992, ce qui signifie qu’elle a pu croiser la fameuse Margeret Kelly qui fonda, il y a quelques sept décennies, la première troupe de showgirls de l’Histoire. Aujourd’hui, après une carrière de vingt-deux ans au Lido, Sansby veille, en tant que maîtresse de ballet, sur la qualité technique des interprètes et dirige les castings. Ce trio fut complété par Hervé Duperret, le directeur général du Lido. Face à eux, qui baignent dans l’ambiance depuis longtemps, quatre artistes étaient appelés à injecter la nouveauté, à savoir Dragone, Jean Rabasse pour les décors, le chorégraphe Benoît-Swan Pouffer et Nicolas Vaudelet, créateur des costumes. Ensembles, ils feraient Paris Merveilles.

 

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