La Quadriennale de Prague 2015. Le cristal et le nuage

La 13e Quadriennale de Prague s’est déroulée du 18 au 28 juin 2015. Sous l’intitulé “Performance Design and Space 2015”, elle avait pour thématique musique, climat, politique (Music, Weather, Politics).

Cette année, la Quadriennale avait envahi la Ville en s’installant dans différents bâtiments historiques, invitant ainsi les visiteurs, plus de 180 000, à déambuler dans la vieille ville. Soixante-dix-huit pays y ont participé. La France était encore une fois absente.

Les propositions, dans les sections des pays et des étudiants, étaient extrêmement variées. Le contenu comme le contenant, la matière à exposer comme la manière de l’exposer, témoignaient des approches très différentes de la scénographie. Forcément, ce foisonnement provoquait des projets de qualités diverses où le meilleur côtoyait le moins intéressant, la nouveauté et le “déjà vu”, le plus original et le plus banal. Néanmoins, de grands moments d’émotions et de surprises étaient au rendez-vous, comme des instants d’exaspération. Mais l’essentiel est dans la présence, dans la rencontre et dans le débat qui s’engage.

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Une nouvelle localisation

A04-05-belgique_novozamskaHistoriquement, la Quadriennale de Prague se tenait dans le parc des expositions Výstaviště, détruit par un incendie. Celle de 2011 avait pris place dans la Galerie nationale du Veltržni Palace, mais aussi dans différents lieux de la ville historique.

La PQ’15 (Quadriennale de Prague) s’était installée dans plusieurs bâtiments de la Ville, quatorze lieux pour les expositions, auxquels on rajoute des manifestions (espaces publiques ou autre) pour atteindre le nombre de trente-cinq. Le morcellement aurait pu être un danger compliquant les possibilités de rassemblement ou d’échanges. Mais le centre-ville n’est pas très étendu et de nombreuses possibilités de rencontres étaient organisées comme les débats du Colloredo-Mansfeld Palace, et la cour du Clam-Gallas Palace est devenue le lieu des rendez-vous. Les secteurs des pays et des étudiants n’étaient pas complètement distincts et pouvaient se retrouver à des étages différents d’un même bâtiment.

A04-30-russie-murThomas Svoboda était en charge de l’architecture et de la spatialisation de la PQ’15. Il explique le choix d’être en centre-ville : “Au départ, la PQ’15 devait se tenir, comme l’année dernière, dans la Galerie nationale du Veltržni Palace. Mais il y a deux ans, nous avons su que les espaces n’étaient pas disponibles. Nous avons alors songé à installer la manifestation dans le château, ce qui symboliquement pouvait être chargé de sens. Ce projet n’ayant pas abouti, il ne restait plus beaucoup de solutions. À Prague, il n’existe pas de grands espaces pouvant accueillir une exposition d’une telle ampleur. Nous avons alors décidé d’aménager plusieurs bâtiments du centre-ville pour la PQ’15. Nous avons présenté les espaces aux commissaires des différents pays, leur demandant de choisir dans un temps limité. Les aménagements ainsi que les accès du matériel, n’étaient pas simples à cause des édifices historiques où nous ne pouvions pas toucher aux murs ou aux sols”. Et pour Daniela Parizkova, directrice exécutive : “Si s’installer dans le centre-ville a créé une nouvelle dynamique et a été bénéfique pour les visiteurs et pour la dimension artistique, il a été plus compliqué pour la production. Nous avons été obligés de multiplier par dix l’intendance”.

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La ligne artistique du PQ

A04-23-portugal7La thématique “musique, climat, politique” était proposée aux pays. Certains avaient intégré les trois notions, en avaient choisi une ou deux, et d’autres n’en avaient pas tenu compte. Pour Sodja Lotker, directrice artistique, de nouveaux territoires ont ainsi été explorés. “Choisir une thématique permet de renouer le théâtre avec la société qui est en crise et nous ne pouvions pas passer à côté de cette relation entre le théâtre et son environnement. J’étais très heureuse de voir à l’ouverture de la manifestation qu’il y a bien sûr des problèmes, mais aussi des solutions. Et de constater que le monde n’est pas une globalisation, mais que chaque pays a fait des propositions personnelles. Certains ont montré leurs productions, d’autres les processus de création ou des installations. Les propositions étaient vraiment différentes. Le thème de la musique proposé vient de deux constats : aujourd’hui, on voit de très belles scénographies marquantes dans les opéras. D’autre part, le song design devient de plus en plus important et représente un élément essentiel de la scénographie. Dans la danse, la scénographie devient invisible et le son prend le rôle d’organisateur de l’espace.

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