Gérard Garnier – Une nouvelle fable : le roseau devenu chêne

Ne dure que ce qui change

Gérard Garnier me reçoit dans ses locaux dans la banlieue nantaise, proche de la Loire et de l’Erdre, son affluent. Son bureau, grand et clair, est un musée très ordonné de ses souvenirs de voyages qui aussi ont marqué son parcours professionnel.

A14-01-nggid041856-ngg0dyn-0x250x100-00f0w010c010r110f110r010t010Les flûtes des Andes

Après une fac d’anglais, indispensable pour mieux voyager, notre jeune baroudeur a un coup de foudre pour la musique des Andes.

Gérard Garnier : “Ce qui explique un petit peu mes souvenirs d’Amérique du Sud. J’ai d’ailleurs fait partie quelque temps d’un groupe de musique des Andes dans les années 70’. C’était l’époque de El Condor Pasa (la version de Simon & Garfunkel fut un succès mondial). J’avais un petit peu de bon sens et je me suis rendu compte que même si j’avais la passion, mon talent musical n’était pas au rendez-vous. En revanche, je me suis orienté vers la fabrication où je me suis révélé être un bon fabricant d’instruments de musique. J’ai appris sur le tas et rapidement le succès est venu. […] J’ai eu de la chance, j’étais tombé amoureux de cette musique-là et en même temps la demande pour les flûtes indiennes a été phénoménale en France, mais également dans toute l’Europe.”

Un petit tour chez Tintin

Prestement, l’entreprise de fabrication d’instruments de musique folkloriques grandit et s’appelle désormais Pachacamac. “Pacha” signifie “la terre, le monde” et “Kamaq” “celui qui crée”. “Le créateur du monde”, le dieu du soleil chez les Incas. C’est aussi le nom du bateau dans Les 7 boules de cristal, où le professeur Tournesol a été enlevé !

Ma première erreur marketing a été d’utiliser ce nom pour la société en croyant que tout le monde avait Tintin gravé dans la mémoire. Erreur car je recevais des chèques au nom de Pachamac et je ne pouvais pas les encaisser ! Mon frère aîné, qui m’avait rejoint, apportait la sagesse que je n’avais pas encore et nous avons raccourci le nom en ‘Camac’.”

“Camac” est un palindrome, ce qui est d’autant plus facile à retenir. Depuis, la société a vécu pas mal d’années avec ce nom.

Chaque année, il y a une évolution dans la fabrication ; ce qui justifiait la présence de Camac à des salons comme Francfort. “Nous couvrions une vingtaine de pays avec nos fabrications.” Et le spectre de la fabrication s’élargissait d’années en années : après la flûte indienne, sont arrivées la harpe celtique et la harpe classique (à pédales) que mon frère a continué de fabriquer.

Inutile de vous dire que j’ai une petite larme quand je vois sur une scène, dans un orchestre symphonique, une harpe classique, sachant que je suis parti d’un humble bout de roseau. Je trouve que mon frère avait merveilleusement continué l’évolution de la fabrication.” Dans son évolution, la société continua de fabriquer de nombreux instruments de tradition tels que vielles à roue, dulcimers ou cornemuses écossaises.

Le savoir-faire dans la fabrication

J’ai eu un grand talent de savoir m’entourer ! Mais, je me garde un regard sur le design. Dès le début, au niveau fabrication, nous avons eu des gens très compétents, que ce soit des tourneurs-fraiseurs, des ajusteurs, des ébénistes.” Cette excellence perdure puisqu’il existe toujours aujourd’hui une entreprise s’appelant Camac et fabriquant des harpes de concert.

La musique & l’audio

A14-05-nggid041857-ngg0dyn-0x250x100-00f0w010c010r110f110r010t010Dans les années 1980, il se passa un grand événement : Gérard Garnier devint un négociant. Des marques de guitare aussi célèbres comme Takamine ou Ovation lui confièrent la distribution. Et à partir de ces produits, Camac apparaît comme un acteur important sur le marché des instruments de musique.

Le virage vers les produits audio s’est effectué en 1998, lorsque Camac reçoit de Akaï la distribution de sa marque qui, à l’époque, fabriquait énormément de samplers (échantillonneurs). Akaï était le roi du sampler.

Effectivement, c’est l’année où j’ai créé la société Audia. Sans cette bonne idée nous n’en serions pas là ! Audia, comme son nom l’indique, s’est spécialisée dans la partie audio pro des produits que nous ne couvrions pas jusqu’alors. Le catalogue s’est enrichi quelques temps plus tard avec la marque Shure qui a été le grand départ de notre activité audio.”

 

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