Aurillac 2014 : Perturbations résistantes avec menaces d’éclaircies !

Bientôt trentenaire, le Festival international de théâtre de rue d’Aurillac a vécu cette année une édition curieusement contrastée, marquée d’une croix blanche, arborée partout dans la rue en signe de vigilance combative. Tel le personnage fétiche de l’affiche, en vol les bras écartés sur fond de ciel doré, le spectateur pouvait s’interroger sur ses propres impressions : trou d’air, chute soudaine ou ascension brutale, porté par des courants créatifs toujours plus audacieux vers une lucidité renforcée face au réel ?

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[singlepic id=1692 h=250 float=left]Sur une idée de Dalila Boitaud-Mazaudier et Cécile Marical, la Compagnie UZ et Coutumes avec Hagati Yacu (entre nous) revient sous forme théâtrale sur l’effroyable génocide du Rwanda. En trois volets à des moments distincts de la journée, 11 h, 15 h & 17 h 30, pour mieux faire prendre conscience de la temporalité du processus. Car “ce n’est pas une petite affaire que le chaos” est-il dit en cours de représentation. Le premier rendez-vous a lieu en pleine rue, le public est accueilli puis guidé sans le savoir par les futurs bourreaux, des hommes bien mis forcément. Sur une idée juste d’Adrien Maufay, scénographe, des palettes sont dispersées dans une rue condamnée pour l’occasion à la circulation. Ces palettes serviront d’assise pour les spectateurs tandis qu’aux extrémités de frustres constructions du même matériau évoquent discrètement un monde villageois. Le public se trouve ainsi tout près du drame et sans bien savoir de quel côté il est situé. Toute cette première partie du triptyque est une mise en espace perturbante de la proximité. Retraçant d’ailleurs un drame qui pourrait bien s’être produit  n’importe où sur la planète. Le choix étant fait, d’effacer toute allusion au Rwanda. Des propos en ricochets sur le quotidien laissent percer un climat qui enfle graduellement, inéluctablement, d’une maison à l’autre. Quasi étude de mœurs, cet écheveau de conversations dessine le chemin menant à la haine de l’autre. Une fable universelle.

Le deuxième volet donné dans un square selon une scénographie plus conventionnelle, frontale, oppose violemment les bourreaux négationnistes incitant à ne pas croire tout ce que l’on raconte aux témoignages douloureux enregistrés. L’ultime rendez-vous conduit le cortège du public à l’intérieur d’un gymnase où un parti pris plastique évoque les corps agonisants qui tracent de longues trainées peintes sur de véritables kakémonos de l’horreur.

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Focus sur le Groupe F et rencontre avec son directeur artistique Christophe Berthonneau

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[singlepic id=1690 h=250 float=right]Enthousiaste, Christophe Berthonneau, au lendemain de la première des deux soirées du spectacle Á Fleur de peau. Enthousiaste et un brin soulagé. Après quatre journées marathoniennes passées à peaufiner un spectacle qui au final satisfait son concepteur. La joie de l’enfant qui a assisté ravi à un spectacle réussi, ici en tous points identiques à ce qu’il avait conçu sans jamais avoir pu le voir auparavant. Car le monde de la pyrotechnie ignore bien évidemment les répétitions. La prise de risque s’est cette fois encore révélée payante : adopter la partialité de la contemplation et tenter de le partager. Car, dit-il dévoilant d’emblée sa philosophie de grand ordonnateur de spectacles de par le monde, si on veut sur notre planète une idée de développement harmonieux sans limitation de naissances, il faut apprendre à cesser de vouloir posséder mais accaparer par l’esprit. Et Á Fleur de peau propose ce tour des merveilles du monde dans le sur-place captivant du spectacle. Il faut arrêter de courir partout. On est nourri de souvenirs, de ce qu’on thésaurise par la mémoire, pas de ce qu’on possède, pose-t-il avec ardeur et conviction profonde. D’où ce spectacle généreux et délicat. Des images d’animaux exotiques pourtant prises sur internet, la preuve que l’on peut posséder facilement sans avoir à gesticuler. Et le contraire d’une grosse machinerie pyrotechnique. D’ailleurs,pour la représentation du lendemain, il veut supprimer le final pyrotechnique qu’il juge décalé par rapport à l’émotion d’avant, juste, elle, sur laquelle il préfère finir. Et grâce au programme informatique conçu par le Groupe F et un système de show control, il dispose désormais de la possibilité de retoucher un tiers du spectacle entre deux représentations. 49 000 mémoires transitent par ce système. Tout est ainsi posé avec la plus grande exactitude.

 

La suite de cet article dans le N°197 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro