Anne-Sophie Turion efface les frontières

capture-decran-2016-10-12-a-14-34-21 Sous ses cheveux blonds, ses yeux brillants attestent d’un caractère bien trempé pour mener à bien un parcours artistique fondé sur un désir d’ouverture. Jeune lycéenne en option arts plastiques, elle obtient un baccalauréat littéraire (Bac L) qui atteste d’une culture générale étoffée. Après un passage à l’École Duperré, sanctionnée par un BTS en “Design d’espace”, Anne-Sophie Turion trouve dans la scénographie matière à nourrir ses aspirations scéniques. En 2005, elle intègre l’École nationale supérieure des Arts décoratifs (ENSAD) en section scénographie, où elle acquiert une formation spécifique et obtient en 2010 le diplôme correspondant avec les félicitations du jury. Avec une soutenance sous la forme d’une performance : J’ai rencontré Michael Jackson (www.youtube.com/user/annesophieturion) qui donne le ton de ses orientations conceptuelles associant différentes disciplines pour exprimer le sens d’une réalisation. Si elle collabore dès 2008 à la scénographie de plusieurs spectacles de théâtre, notamment auprès de Pierre-Yves Chapalain ou de Clyde Chabot, elle crée plusieurs installations pour des expositions ; en 2010, elle rejoint la section mise en scène de l’Université du Québec à Montréal. Ces différentes expériences conduisent Anne-Sophie Turion à associer théâtre et performance, non seulement à travers la création scénographique mais en assurant la globalité d’un projet. “À partir d’un thème, parfois directement inspiré par le lieu de représentation, je réunis divers matériaux issus du cinéma, des arts plastiques ou de la littérature qui, retravaillés, m’inspirent une écriture et une scénographie”. Elle assume la mise en scène et parfois l’interprétation en intégrant des matériaux divers, et en utilisant des éléments techniques toujours en relation avec le sujet. Cette orientation lui a été dictée par son “expérience de scénographe qui a alimenté mon envie d’explorer d’autres possibilités quant à l’écriture de l’espace”. Une suite de rencontres et de choix la pousse vers l’Art contemporain plutôt que le théâtre traditionnel, mais dans ses spectacles “la scénographie a le même statut que l’écriture, le son, ou la lumière”. Elle se lance seule dans la création de spectacles, soit en répondant à des appels d’offres, soit en montant au créneau avec une proposition personnelle.

Des initiatives qui semblent lui réussir, puisque de Paris et sa périphérie à l’École des Beaux-Arts de Toulouse ou encore en Hongrie et en Italie, elle capture-decran-2016-10-12-a-14-34-40trouve matière à faire reconnaître sa création. Souvent, quelque soit le thème abordé, elle prend sa source et son inspiration in situ dans un espace public ou privé. Dans chacun d’entre eux Anne-Sophie Turion “s’appuie sur une mémoire collective”  pour établir une relation spatiale signifiante constituant la base de sa scénographie. L’architecture d’un lieu, avec son histoire grande ou petite restituée de manière fragmentaire, fait partie constituante de sa création et devient une sorte d’acteur/partenaire. Parmi ses réalisations, Frightenight créée en juillet dernier à Centrale Fies (Dro, Italie) —en duo avec Jeanne Moynot— lors de la 33e édition du Festival Drodesera et distinguée par le Performance Art Award 2013, illustre les aspects de sa pratique. Présentée dans une ancienne centrale hydroélectrique réaménagée en salle de spectacle, cette création aborde le thème de la peur, à travers la mémoire collective et individuelle en interrogeant ses sources. Juxtaposant anecdotes et références, en utilisant l’espace et des matériaux détournés associés aux effets sonores et à la lumière pour créer un univers  théâtral inquiétant et révélateur.

Actuellement Anne-Sophie Turion travaille sur des installations et scénographies à Nice : en décembre elle participera à l’exposition collective Des corps compétents au Centre d’art de la Villa Arson avec la pièce Le grand blanc. Puis en janvier 2014 elle entrera en résidence au Centquatre pour une nouvelle création. Il s’agira de  prolonger sa réflexion autour de la thématique de la peur, en développant les pistes plastiques et narratives abordées lors de Frightenight. Autant d’expériences qui lui permettront d’élargir sa culture de l’espace avant se confronter à nouveau au lieu et à sa spécificité scénique, qui demeure pour l’avenir son objectif majeur en lui permettant d’exprimer pleinement les facettes de son talent.