Festival d’Aurillac : espace urbain en turbulences saisonnières

Foncièrement inapte à toute institutionnalisation, pour sa vingt huitième édition, le Festival international de théâtre de rue d’Aurillac a su renouveler l’enchantement d’une métamorphose totale de l’espace urbain par le spectacle.  En testant obstinément de nouvelles formes, la surprise et l’innovation n’ont, encore une fois, pas fait défaut. Porté par une dynamique artistique réfléchie, ce festival —plus que jamais unique en son genre— brille d’un éclat jamais démenti. Un petit tour d’horizon.

[singlepic id=1326 h=250 float=right]Trois facteurs sont susceptibles d’imprimer leur marque à une édition de plus d’un festival comme celui-ci ayant atteint l’âge de la maturité. En premier, c’est très probablement la philosophie des choix de programmation qui peut colorer le plus fortement l’ensemble de l’événement. Ensuite, les circonstances peuvent aussi interférer grandement et contribuer à marquer d’une pierre blanche ces quatre journées plaçant la ville hors du temps, distinguant chaque édition des précédentes.  Enfin et au final, ce qui fait la singularité de chaque édition c’est très largement la nature composite et renouvelée de l’offre foisonnante et au bout du compte aléatoire du fait de la liberté d’expression des cinq cents compagnies de passage.

[singlepic id=1327 h=250 float=left][singlepic id=1328 h=250 float=left]Question philosophie des choix, Jean-Marie Songy le fidèle et vigilant directeur artistique veille au poste. Et cette année il a souhaité, à l’instar de ce qui se fait en Avignon depuis plusieurs années, un invité d’honneur, complice dans sa programmation en s’adjoignant le regard de Jean-Christophe Meurice, le metteur en scène des Chiens de Navarre. Ensemble, ils ont voulu “faire le mur”, quitte à prendre des risques. Normal quand on veut s’infiltrer à tout prix là où le public ne s’attend pas. Par exemple, inviter Thomas de Pourquery – versé dans la musique expérimentale et le free-jazz contemporain. Et inviter semblable personnalité, ce n’est pas vouloir transformer le festival de théâtre en fête de la musique mais bien montrer qu’avec la musique, là encore l’acteur peut être la principale force exploitée dans la rue ou sur scène. Ce que font d’ailleurs les fanfares inscrites comme compagnies de passage ; elles mettent en scène leur répertoire et le jeu des musiciens. Cette année, les festivaliers auront pu croiser, au hasard de leurs déambulations, L’Espérance de Saint-Coin de la compagnie Du Coin, avec son porte-bannière dévoué aux facéties shakespeariennes en lien avec le public. L’entrée du marché couvert, ils en font une discothèque où le public est entraîné dans la danse. Musique toujours avec Le Chant des sirènes, épopée vivante de la compagnie Mécanique vivante, un gigantesque et stupéfiant instrument de musique constitué de sept sirènes d’alerte montées sur des vaisseaux locomoteurs particulièrement véloces. Un ballet, musical et lumineux, s’offre ainsi au cours d’une déambulation nocturne festive. Objet urbain détourné, la sirène de tous les dangers transforme sa voix en complainte langoureuse, tonitruante et douce, pleine d’envoûtements mystérieux.

La suite de cet article dans le N°191 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro