Et si on éteignait tout ?

Le rituel, c’est la vie. Chaque année, depuis 2005 (voir n° 145, 151, 157, 163, 169 et 176), nous arpentons la ville comme les milliers de badauds, promeneurs infatigables en quête de sensations nouvelles. Chaque année, depuis 2005, nous râlons parce que ces mêmes badauds nous limitent l’accès à un point de vue que nous imaginons particulièrement fabuleux, déconcertant, ébouriffant. Chaque année, depuis 2005, nous nous disons que décidément, il y a beaucoup moins de lumignons sur les fenêtres et que les lumignons finalement, c’était vraiment très beau. Chaque année, depuis 2005, nous attendons avec la même curiosité l’année suivante, impatients, indomptables, zélés, inlassables. 2011 était un bon cru. Même si l’on regrette le peu de soin apporté, comme cela a été le cas les années précédentes, à chasser, à traquer, la pollution lumineuse. 2011 était une édition faite d’idées simples et bien réalisées. Et puis, nous sommes déjà l’année suivante. 2012, et si on éteignait tout ?

I Love Clouds

Le jeu consiste à cligner des yeux et se retrouver dans chaque tableau, en même place que les années précédentes pour s’offrir en un seul coup d’œil un panorama tout neuf, transfiguré. Première escale : Place Bellecour. Jacques Rival, architecte, s’attaque pour la seconde fois à cette intimidante place. Après I love Lyon —sa réussite et ses mésaventures (voir AS n°151)— la statue de Louis XIV, placée dans une gigantesque boule à neige, n’avait pas résisté aux sévères rafales de vent du premier soir, voici I love Clouds. Un bouquet de ballons multicolores amarré au socle de la statue équestre avec pour toile de fond la grande roue illuminée. L’ambiance est chaleureuse. C’est simple et poétique, enfantin et merveilleux. Rival aime, grâce à ses installations urbaines et artistiques, “pouvoir jouer avec les lieux avec des échelles monumentales pour vraiment créer des impacts forts, sortir l’œuvre d’art de la galerie pour pouvoir la connecter à un tissu urbain”. La statue délivrée de sa boule à neige s’envole vers des horizons nouveaux. Lévitant entre ciel et terre, les ballons culminent à 33 m de haut. “J’aime que les spectateurs soient émerveillés sans avoir pu anticiper sur l’œuvre, j’aime jouer avec les espaces. Ce projet est, en quelque sorte, une suite de celui proposé en 2006. Nous avons à nouveau mis en scène la statue de Louis XVI. Elle ne sera plus prisonnière d’une boule à neige, mais l’idée est de créer une installation qui va faire monter les yeux vers le ciel et se connecter à l’univers de l’enfance. J’aime rendre les choses universelles, simples et accessibles, lever les barrières culturelles, offrir plusieurs sens de perception en fonction du regard. La Fête des Lumières, grande fête populaire permet de toucher beaucoup de public. L’échappée poétique de Rival fait florès, la place ne désemplit pas pendant quatre jours et les ballons sont un enchantement de jour comme de nuit.

La suite de cet article dans le N°181 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro