La pensée en mouvement – Rencontre avec Pierre-André Weitz

[singlepic id=673 h=250 float=left]Pierre-André Weitz est scénographe, musicien et acteur. Il joue avec les espaces et compose  les mouvements. Il porte en lui la sensibilité de celui qui a toujours vécu dans le théâtre.
Roméo et Juliette
de Shakespeare dans une mise en scène d’Olivier Py, scénographie et costume de Pierre-André Weitz a été présenté au Théâtre de l’Odéon avant de partir en tournée à travers la France. Une occasion pour connaître la démarche et l’approche de cet artisan de l’espace.

Comment avez-vous abordé Roméo et Juliette ?

Olivier Py et moi travaillons ensemble depuis vingt ans. Nous avons créé plus d’une centaine de spectacles. Roméo et Juliette est le condensé de ces années de travail. Dans ce spectacle, nous avons rassemblé ce qui fait notre grammaire et notre vocabulaire esthétique afin de revenir à l’essence même de notre théâtre, un théâtre de tréteau et un théâtre d’acteur.
La pièce commence par les acteurs qui entrent par la porte du lointain et avancent vers le proscenium. Ils sont en salut final et le narrateur dit : “Nous allons faire une pièce, nous ne sommes pas les meilleurs, nous ne sommes pas les plus grands mais nous allons tâcher de vous plaire. Ceci est Vérone” et il indique le plateau nu. C’est ainsi que nous montrons aux spectateurs que “le théâtre est l’endroit où tout va se faire, si vous le voulez”. D’autre part, nous avons la chance de travailler à l’Odéon et nous avons eu l’idée, très shakespearienne, de laisser la salle allumée. Nous montrons la beauté d’un lieu en rendant homogène le plateau avec les spectateurs. Cette machine théâtrale se fait devant les yeux du public, on bouge l’espace, on change de personnage et de costume à vue, on est dans des ruptures de style et dans un minimalisme où chaque mouvement est dramaturgique.

Nous sommes dans un théâtre artisanal…

J’aime beaucoup ce terme. Le théâtre est issu d’une tradition artisanale. L’artisan est celui qui montre quelque chose d’une façon parfaite. Comment peut-on expliquer qu’un dresseur d’otarie passe sa vie pour trois minutes de spectacle ? En bougeant des éléments au bon moment et d’une façon très simple, nous arrivons à ce geste parfait de l’artisan. Nous ne cherchons pas le génie, mais la virtuosité de faire écouter et comprendre le sens des mots.
Je n’ai jamais autant travaillé sur des costumes que sur ceux Roméo et Juliette afin de trouver la bonne coupe ou la bonne couleur ; et pourtant le résultat donne l’impression qu’ils sont faits de bric et de broc. C’est pour cela que cette création est en accord avec les ampoules du décor ou le technicien changeant celui-ci.

La suite de cet article dans le N°180 de l’Actualité de la Scénographie > Acheter ce numéro